Bienvenue, ami du samedi. Pour sa quatrième consultation, notre cabinet ausculte aujourd’hui un patient increvable, contagieux depuis des siècles, et qui refuse obstinément toute guérison : le susceptible.
Mais pas le susceptible de bas-étage. Que nenni. Le susceptible de classe exceptionnelle. Celui qui a du pouvoir.
Avertissement pour ceux qui nourrissent l’illusion : pouvoir n’est pas synonyme de cerveau.
La récente affaire Harotsilavo Rakotoson a placé le susceptible qui a du pouvoir sous les feux des projecteurs, en tentant de faire payer au juriste de bonne famille sa parole trop libre et surtout trop vraie lors du podcast Aotra d’il y a deux semaines.
On ne sait pas trop qui dans le cercle dirigeant a eu l’esprit suffisamment malsain pour se vexer contre cet homme qui a parlé d’un secret de polichinelle : l’explosion de la pratique du bizna dans la vie nationale. Mais le Chef de l’État et le Premier ministre devraient sévir contre ces malfaisants qui dénaturent leurs engagements de refondation.
On ne parle pas du business, auquel tentent de s’adonner tant bien que mal les membres du GEM, Fivpama et autres groupements d’entrepreneurs.
Mais on parle du bizna. Le minable. Celui qui prolifère sur les ordures de la corruption.
L’agent de police qui demande « le kafe ».
Le membre de cabinet qui monnaye son entregent pour intervenir en faveur d’une demande d’audience.
Le douanier qui exige un voan-dalàna.
Le magistrat qui arrange les verdicts pour exonérer le généreux et faire plonger l’avare et le désargenté.
Les députés qui jouent à la girouette sur la musique du froissement d’enveloppes ou du claquement des mallettes.
Le haut fonctionnaire qui cautionne sa signature nécessaire à l’obtention ou au paiement d’un contrat.
Le ministre qui rackette un justiciable.
Le mpibizina qui s’improvise entrepreneur et « commissionne » les décideurs pour les inviter à fermer les yeux sur les incongruités dans l’octroi de marchés publics.
On s’abstiendra de parler du financement des procédés utilisés pour arriver au pouvoir en-dehors de tout cadre électoral.
On peut rallonger à l’infini.
Cette description de la réalité n’est offensante que pour ceux qui se savent en être partie prenante. Et qui ont intérêt à empêcher des paroles trop crues de s’étendre dans l’opinion publique.
Comme dans toute bonne dictature, on fait taire ceux qui sifflent dans le sens contraire du vent dominant.
On réduit au silence ceux qui refusent la médiocrité du moule ambiant.
On coupe ce qui dépasse, même si ce sont les têtes. Du moins au sens figuré.
Susceptible peut-être, mais pas trop sauvage.
Du moins pas encore.
Depuis des décennies, les autorités usent et abusent de la formule magique : atteinte à la sûreté de l’État.
Vous portez un t-shirt avec une inscription jugée subversive ? Atteinte à la sûreté de l’État.
Vous pointez un pouce renversé en direction du cortège présidentiel ? Atteinte à la sûreté de l’État.
Vous prenez en photo le talon des bagages étonnamment lourds du chef d’État ? Atteinte à la sûreté de l’État.
Tels furent quelques exemples documentés de la démocratie chez Rajoelina.
Quelles courbes sinueuses tracent le caractère tortueux d’une mentalité qui s’offusque des gens qui osent parler des réalités qui dérangent et des vérités pas bonnes à dire. De ces salopards d’intellectuels prêchant de mauvaises paroles qui empêchent l’opinion publique de dormir sur ses deux oreilles en gobant les paroles des puissants. Et qui détournent le sens critique des esprits qui devraient se contenter de la version officielle ?
Alors, quand on parle d’atteinte à la sûreté de l’État, on se demande si on parle de l’État. Ou des tas d’on ne sait trop quoi et de leur état d’esprit de minables jaloux et arrogants.
Bien entendu les solelakistes et leurs troupeaux de fako sur les réseaux sociaux s’empressent d’insinuer que la mésaventure d’Harotsilavo Rakotoson n’a rien à voir avec sa brillante prestation dans le podcast Aotra, mais qu’il y aurait autre chose. Le genre de déclaration qui pue l’annonce, si ce n’est la promesse. On va chercher autre chose de plus justifiable. Et si on ne trouve pas, on trouvera.
La justice tropicale n’a jamais été à court d’imagination pour envoyer à l’ombre des citoyens innocents sous divers prétextes.
Depuis le départ de Rajoelina, la refondation a-t-elle changé le style de démocratie sous les tropiques, comme l’exigeaient les mouvements de rue de septembre - octobre 2025 ?
"Efa miadana ve ny Malagasy" demanderait Ratsiraka ? La Gen-Z est-elle satisfaite des résultats de son tolona de septembre – octobre ?
On laissera à chacun le soin de répondre et de prendre le risque de recevoir une invitation à apprécier un séjour à Fiadanana.
Avis aux amateurs : en fonction de votre capacité à courber le dos et à tenir votre langue, votre fiadanana pourra prendre des directions différentes, comme par exemple un quartier en contre-bas du Fort-Voyron. D’ailleurs, ce lieu a un nom qui laisse perplexe, vu la façon dont les dirigeants malgaches en font usage pour traduire en actes les paroles de l’hymne national : "hiadana sy ho finaritra".
Consultation terminée. Ordonnance délivrée gratuitement car sans illusion sur les maladies incurables.
Ainsi parle le folisophe du ça me dit. Qui vous dit à samedi prochain.
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