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mercredi 16 septembre 2026
Antananarivo | 09h17
 

Politique

Amoronankona : intérêts particuliers contre l’intérêt général

mercredi 16 septembre | Ikala Paingotra |  1 visite 

La résistance des opérateurs au transfert de la gare routière du lieu-dit Fasan’ny Karana vers Amoronankona illustre à quel point la question du développement est complexe. Afin de désengorger la circulation dans cette partie de la capitale, l’État a décidé de transférer la gare routière de ce côté de la Capitale, tout en valorisant l’investissement dans la nouvelle gare routière bâtie sous la présidence de Hery Rajaonarimampianina, mais qui avait été curieusement snobée par Rajoelina durant son mandat et demi.

De leur côté, ceux qui utilisent depuis des décennies les installations précaires de Fasan’ny Karana refusent d’en bouger, invoquant diverses raisons qui ne sont pas toutes dénuées de légitimité. Par exemple, il y a tout un tissu d’activités économiques directes et indirectes qui s’est développé autour de cette gare et qui fait vivre des centaines de familles. Déplacer la gare signifie donc que ces gens vont perdre leur moyen de subsistance, à moins qu’on ne leur propose des mesures d’accompagnement efficaces pour rejoindre Amoronankona.

Mais cette histoire de gare routière n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Le cas de Vara Mada à Toliara en est un autre. Un projet censé apporter des milliers d’emplois et des revenus dans une région réputée délaissée est combattu pour des raisons qui, là encore, ne sont pas toutes illégitimes. Dans la Capitale, la municipalité a dû, à plusieurs reprises, renoncer à des dispositions visant à faire appliquer la loi, que ce soit dans la gestion des marchés, la fiscalité ou l’organisation de la circulation. Le projet de ville nouvelle Tanamasoandro a entraîné la résistance des propriétaires des rizières qui devaient être expropriés, alors que cette idée n’était pas dénuée de rationalité pour désengorger Antananarivo, même si elle était portée par Andry Rajoelina. De même, les différents projets de transfert de la décharge d’Andralanitra, arrivée à saturation, vers des localités situées à la périphérie d’Antananarivo se heurtent au refus des populations riveraines.

À chaque effort de redressement qui perturbe les habitudes ou les intérêts d’une minorité, l’intérêt de la majorité finit trop souvent par céder. Le populisme des dirigeants les rend réticents à maintenir des mesures impopulaires, par crainte de manifestations ou d’une perte de légitimité à l’approche d’élections. Certains responsables politiques locaux ou nationaux agissent en sous-main pour exciter la populace et la pousser à la contestation en vue de transformer les multinationales en vaches à lait, sur ou sous la table. Depuis leurs débuts, l’histoire de Rio Tinto et celle d’Ambatovy fourmillent d’exemples de grèves, de pressions et d’intimidations de la part de ceux qui ont le pouvoir d’en faire.

Une réforme ou un projet de développement ne peut cependant se réclamer de l’intérêt général si elle fait supporter tout son coût à une minorité sans concertation, indemnisation ni accompagnement. On ne peut nier une légitimité aux transporteurs défendant leur activité économique, aux propriétaires de rizières défendant leur propriété, aux riverains refusant les nuisances d’une décharge, aux populations touchées par un projet minier invoquant des conséquences environnementales, ou aux commerçants informels défendant leur moyen de subsistance.

Finalement, les initiatives voulant apporter une amélioration dans le domaine du développement se trouvent la plupart du temps combattues. Leurs initiateurs finissent alors par reculer, entretenant ainsi un statu quo coupable qui perdure depuis des décennies. Cette situation alimente le chaos, l’incivisme, le retard de développement, tout en cultivant l’esprit de rébellion préjudiciable au rétablissement de la loi et de l’ordre. Parler de Refondation dans un tel contexte relève de l’illusion. Dans cette opposition des opérateurs à leur transfert vers Amoronankona, il y a toutefois un phénomène cocasse : l’ancien syndicaliste Herizo Andrianavalona se retrouve à devoir gérer une grève en tant que ministre, avec les dérapages extrémistes du langage et des comportements chez les manifestants et les forces de l’ordre. Karma is a bitch.

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