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mercredi 16 septembre 2026
Antananarivo | 09h17
 

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Manifestation à Ambatofotsy : le régime né de la rue se retrouve près d’un an après la prise de pouvoir confronté à la rue

mercredi 16 septembre | Mandimbisoa R.

Madagascar renoue avec les images de barricades, de gaz lacrymogènes et d’affrontements. Mais cette fois, ces scènes ont une résonance politique particulière. Près d’un an après le mouvement de la rue qui avait ouvert la voie au changement de régime, les autorités issues de cette séquence de contestation se retrouvent à leur tour confrontées à la rue. Mardi 15 septembre, des transporteurs opposés à leur transfert de Fasan’ny Karana vers la nouvelle gare d’Amoronakona ont bloqué la RN7 à Ambatofotsy. Pierres, troncs d’arbres et pneus enflammés ont paralysé cet axe avant des échauffourées avec les forces de l’ordre.

Le parallèle avec 2025 est saisissant, même si les revendications et les circonstances sont différentes. Le mouvement Gen-Z, commencé le 25 septembre sur fond de coupures d’eau et d’électricité, avait progressivement pris une dimension politique. Le 11 octobre, le CAPSAT avait changé le rapport de force en se rangeant du côté des manifestants. Des militaires avaient alors appelé les forces de sécurité à ne plus tirer sur la population, avant d’accompagner la foule jusqu’à la place du 13-Mai.

Le pouvoir actuel est donc confronté à une situation politiquement paradoxale. Ceux qui avaient rejoint la rue et appelé à ne pas réprimer les manifestants se retrouvent aujourd’hui à la tête d’un État devant gérer sa propre contestation. À Ambatofotsy, les autorités ont maintenu le transfert vers Amoronakona malgré la mobilisation, tandis que les forces de l’ordre ont fait usage de grenades lacrymogènes pour dégager la RN7.

Cette fois, cependant, le face-à-face a pris une tournure dramatique. Un jeune homme d’une vingtaine d’années est mort après les affrontements. Selon les témoignages de proches et de manifestants recueillis pour cet article, il aurait été atteint par des balles et des forces de l’ordre auraient tiré à balles réelles. Ses proches décrivent notamment de très importantes blessures à la tête. Ces affirmations restent à établir par l’enquête et les constatations médico-légales.

La version rapportée par les forces de l’ordre est différente : les blessures seraient liées aux jets de pierres. Il est en revanche confirmé que la victime a été retrouvée inconsciente près d’un barrage et qu’elle est décédée pendant son évacuation vers l’HJRA. Une autopsie serait alors très attendue pour déterminer les causes exactes du décès.

Les proches évoquent également des circonstances qu’ils jugent troublantes. Selon eux, des journalistes auraient été empêchés de photographier la victime lors de sa prise en charge. À la morgue, une femme aurait pu voir le corps, avant que l’accès ne soit ensuite refusé à d’autres membres de la famille. Cette femme affirme avoir vu la tête de la victime ensanglantée, et en grande partie « détruite ». L’usage de l’arme à feu, et de tirs à balles réelles, par les forces de l’ordre pour réprimer les manifestants, sont alors évoqués par les manifestants. Mais seule une enquête indépendante pourrait confirmer l’exactitude des faits.

Quoi qu’il en soit, Ambatofotsy renvoie ainsi le pouvoir à sa propre histoire récente. Un régime arrivé dans le sillage d’une mobilisation populaire doit désormais répondre à une rue qui utilise à son tour blocages, manifestations et rapport de force pour contester une décision publique. Avec, cette fois, un mort dont les circonstances exigent encore d’être établies.

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