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lundi 6 juillet 2026
Antananarivo | 09h25
 

Société

Socio-politique

Menaces aux drones : le « Sampana Tsikilo » revendique l’opération et défie le pouvoir

lundi 6 juillet | Mandimbisoa R.

La revendication est inédite et marque un tournant dans le climat sécuritaire à Madagascar. Après les tirs effectués par la garde présidentielle vendredi soir à Ivandry contre un drone qui suivait le cortège du président de la Refondation de la République, un groupe se présentant sous le nom de « Sampana Tsikilo Madagasikara » affirme être à l’origine de cette opération. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, un homme à l’apparence militaire, dont l’identité n’a pas été établie, soutient que cette action constituait un avertissement adressé au chef de l’État et à son entourage.

Selon cette déclaration, le groupe menace d’aller plus loin si ses revendications ne sont pas entendues. Son porte-parole affirme être en mesure de poursuivre le cortège présidentiel, d’envoyer des drones vers Ambohitsirohotra et Iavoloha, allant jusqu’à déclarer vouloir « mettre le feu sur la colonne du cortège présidentiel ». Il précise accorder un délai d’un mois au président de la Refondation pour répondre à ses demandes, ainsi qu’à celles d’autres mouvements, notamment le GEN Z. L’intéressé ne dévoile toutefois pas la nature exacte de la requête qu’il affirme avoir adressée aux autorités.

Le groupe élargit également ses menaces à plusieurs proches du pouvoir, citant notamment le président de l’Assemblée nationale. Dans sa vidéo, il fait aussi référence à la Russie, affirmant que les appareils utilisés seraient des drones ukrainiens. Il assure être prêt à s’en prendre à des intérêts russes collaborant avec le régime actuel si la Russie intervenait contre ce qu’il qualifie d’« endroits stratégiques ».

Le responsable du « Sampana Tsikilo Madagasikara » présente cette opération comme le deuxième avertissement adressé au pouvoir. Il rappelle les survols de drones au-dessus de la résidence présidentielle en avril dernier. À l’époque, il avait pourtant expliqué que ces vols relevaient d’un contrat de protection conclu avec les autorités de la transition et le CAPSAT afin d’assurer la sécurité du chef de l’État pendant deux ans. Il avait également affirmé que plusieurs ressortissants étrangers proches de l’ancien régime se trouvaient à proximité du domicile du colonel Michael Randrianirina.

Ce groupe s’était déjà manifesté durant les manifestations de septembre 2025 en mettant en garde le Groupement d’intervention de la gendarmerie contre une éventuelle répression des manifestants, sous peine d’une attaque menée à l’aide de drones. Ces menaces ne s’étaient finalement jamais concrétisées.

Face à cette revendication, le président de la Refondation de la République a livré sa première réaction publique samedi, lors d’une cérémonie organisée au camp du Corps d’administration du personnel des services administratifs et techniques (CAPSAT) à Soanierana. Le colonel Michael Randrianirina a présenté ses excuses à la population pour les coups de feu tirés par la sécurité présidentielle à Ivandry, reconnaissant que ces détonations avaient provoqué un mouvement de panique parmi les habitants.

Le chef de l’État a expliqué que le drone ayant suivi son cortège avait été observé une première fois jeudi soir, avant de réapparaître le lendemain. Selon lui, cette répétition a conduit les éléments chargés de sa sécurité à démontrer leur capacité de réaction. Il a néanmoins tenu à rassurer la population, affirmant qu’Antananarivo ne connaissait ni émeute ni insurrection et que les forces de défense et de sécurité continuaient d’assurer normalement leurs missions.

Au-delà de l’incident lui-même, le colonel Randrianirina estime que ces événements s’inscrivent dans une stratégie plus vaste de déstabilisation. Il soupçonne l’existence d’une machination destinée à instaurer un climat de psychose afin de convaincre la communauté internationale que Madagascar serait plongé dans le chaos. Sans désigner de noms, il a évoqué des individus installés à l’étranger qui chercheraient, selon lui, à fragiliser le pays alors que celui-ci serait engagé sur la voie du redressement.

Le chef de l’État établit également un lien entre cette affaire de drones et la recrudescence récente de l’insécurité, marquée notamment par des attaques à main armée, des enlèvements, des découvertes de corps mutilés ainsi que par la circulation de stupéfiants. À ses yeux, ces faits participeraient d’une même stratégie de déstabilisation. Il a ainsi appelé la population à collaborer davantage avec les forces de défense et de sécurité pour identifier les auteurs de ces actes.

À ce stade, aucune autorité n’a confirmé les affirmations du « Sampana Tsikilo Madagasikara » concernant son implication dans les survols de drones ni les moyens qu’il affirme détenir. L’enquête ouverte à la suite des incidents de vendredi devra notamment permettre d’établir l’origine des appareils, leurs objectifs réels et la crédibilité des revendications diffusées sur les réseaux sociaux.

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