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samedi 25 juillet 2026
Antananarivo | 09h51
 

Editorial

Flirt poussé entre politique et religion : conviction ou folklore ?

samedi 25 juillet | Demokraty |  64 visites  | 1 commentaire 

Dieu merci, les mpiandry ont donc chassé les devoly hier lors d’un folklore évangélique bien étrange dans une république laïque. On espère que cette fois-ci sera la bonne, car on les a déjà vus chasser les démons à Mahazoarivo en 2002, à Ambohitsorohitra en 2009, à Iavoloha en 2025. Depuis le temps qu’on voit les mpiandry s’agiter de cette manière, les tares et les tarés de la classe politique sont pourtant toujours dans les parages. À défaut de sagesse, il faut donc avoir le courage de méditer sur les paroles d’Einstein : « La folie, c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ».

Même sans verser dans l’idéologie marxiste, on sait que la religion est l’opium du peuple. Cela lui permet d’oublier ses difficultés quotidiennes, dans l’espoir de lendemains meilleurs dans un éventuel paradis céleste. Le fatalisme que cela génère est bien utile aux dirigeants, car cela favorise le calme au milieu de la tempête. Rappelons aussi qu’un dicton bien de chez nous enseigne que certains prient le dimanche puis sont voleurs de poules le lundi. La sagesse voudrait donc que l’on nourrisse une certaine méfiance envers les pharisiens des temps modernes qui affichent leur religiosité comme un totem d’immunité, voire d’impunité. La religion sert de vitrine aux personnages publics, mais ce qui se cache derrière n’est pas toujours reluisant.

On espère donc pour tous les m’as-tu-vu d’hier sur la place du 13 mai qu’on peut leur donner le bon Dieu sans confession. Cette manifestation a rappelé le style des forongony et de leurs bondieuseries sous Rajoelina : les manifestations religieuses au stade Barea ; l’illuminé Rija Rasolondraibe qui a prétendu que Dieu avait déjà parlé à l’ancien DJ avant de lui confier les destinées de Madagascar ; le fantasque Hery Rasoamaromaka qui est allé pleurnicher dans la robe du Président de l’Eglise protestante FJKM pour se plaindre d’une prédication de son adjoint ; les séances de prières de Christine Razanamahasoa au ministère de la Justice ou à l’Assemblée nationale ; Lalatiana Rakotondrazafy (organisatrice d’une cellule de prière hebdomadaires à Andohalo) se prenant en vidéo en train de chanter (faux) « tsy izay lazain’ny olona Jesosy » lors d’un concert évangélique ; et même ce projet de Palais des louanges que Rajoelina avait l’intention de bâtir avec le plus haut clocher dans l’Océan indien. Il paraitrait même que sa soeur et sa mère seraient fortement impliquées dans des sectes.

Et pourtant… toutes ces gesticulations religieuses de Rajoelina et de ses proches n’ont pas empêché des mpiandry de soutenir le coup d’État de 2009. Cela n’a pas empêché Rajoelina et son clan au pouvoir d’aligner des scandales de corruption, de Mamy Ravatomanga à Herilaza Imbiky, en passant par l’affaire des écrans plats ou l’arrestation de Romy Voos. Cela n’a pas empêché des histoires de mœurs dissolues impliquant des hiérarques du pouvoir. Cela n’a pas empêché des centaines de milliards d’ariary et 400 véhicules de disparaître, selon le rapport de la Cour des comptes. Etc.

L’habit ne fait pas le moine.

En matière de piété des politiciens malgaches, l’expérience vaut donc science. Le passé permet d’éclairer le présent et d’anticiper l’avenir. Mêler politique et religion n’est ni sain, ni raisonnable, et encore moins constitutionnellement acceptable. Ce dont Madagascar a besoin, ce n’est pas d’une armée de bigots et des séances de prières, mais de magistrats intègres, de fonctionnaires non corrompus, de dirigeants conscients du caractère sacré de leur fonction, d’autorités et citoyens attachés à l’État de droit, d’entreprises qui payent leurs impôts, de ministres qui œuvrent réellement pour le bien de leurs concitoyens etc.

La religion peut-elle aider à aller vers ces objectifs ? Théoriquement, la réponse est oui. Mais quand on regarde le nombre d’Eglises, de sectes, de pasteurs de ceci et de révérends ou bishops de cela depuis des décennies, force est de constater que cela n’a rien fait pour améliorer la situation générale du pays. Ces salades ne servent donc pas à grand chose, si ce n’est à aider les Malgaches à subir l’incompétence et le manque d’intégrité des dirigeants avec stoïcisme, et à faire bénéficier les pasteurs de sectes de dîmes conséquentes. Mais jusqu’à preuve du contraire, on n’a pas encore vu de résultats concrets sur la vie du pays, qu’il s’agisse du niveau de PIB, de l’Indice de perception de la corruption, ou des valeurs civiques et citoyennes dans la population. On a même l’impression que les indicateurs empirent au fur et à mesure que les politiciens poussent leur flirt avec la religion. De quoi se demander si, dans ses espoirs systématiquement déçus, le vahoaka va être réduit à faire le mpiandry an’i Paoly ? L’experience rwandaise d’interdiction d’exercice à des pasteurs sans formation théologique doit nous inspirer.

La foi est une bonne chose, la religion également. Mais elles ne doivent pas être instrumentalisées à des fins politiques, ou servir de prétexte à un obscurantisme moyennâgeux. Ce qui précède n’est donc pas une remise en cause de ces sujets relevant de la liberté individuelle, mais un nécessaire recadrage de leur place dans une république laïque. Laisser le Conseil chrétien des Églises (FFKM) avoir autant de place dans la vie nationale, comme lors du culte d’hier, c’est oublier que tous les Malgaches ne sont pas croyants, et que tous les croyants ne sont pas chrétiens. D’ailleurs, une religion importée ne peut être qu’une réminiscence de colonisation culturelle et cultuelle : à l’heure de la Refondation, on se serait attendu à plus d’intérêt des autorités envers les formes traditionnelles de religion.

Demokraty
Démocratie. État de Droit. Laïcité

1 commentaire

Vos commentaires

  • 25 juillet à 09:43 | Vohitra (#7654)

    L’Afrique et ses démons...

    Il est difficile de nier l’existence de démons, et la particularité africaine, c’est la réincarnation des démons !

    A force de pratiquer l’exorcisme, les démons finiront toujours par revenir par les grandes portes, attirés par l’ essence de bois de rose...ou par l’éclat des lingots d’or...

    Et actuellement, le fait marquant, même les scientifiques de haut vol n’arrivent plus à expliquer pourquoi, les démons manifestent un attrait pour s’abriter dans les nombreuses poches des treillis de combat...

    C’est ainsi, peut être, qu’on fait l’effort de troquer les treillis et les costumes pour mettre sur le dos des toges blanches, au dessus pour couvrir momentanément les « Grand-croix de deuxième classe de l’ordre national » à défaut de l’ordre constitutionnel ou tout simplement de l’ordre public...

    Mais le moment n’est pas choisi au hasard, l’harmonie de couleur fait partie de l’ordre moral, entre exorcistes qui se respectent...toge blanche en parallèle avec l’idée projetée d’un nouveau mouvement de « chemise blanche »...

    Les démons savent reconnaître ses détracteurs, eux aussi, ils savent reconnaître la valeur de l’amour et de l’amitié, la chasse aux démons n’est pas conforme à la préservation de la nature comme la chasse aux flamants roses d’ailleurs, d’autant plus que les démons des zones tropicales sont considérés comme des espèces endemiques à protéger par des lois...et des convictions et surtout en matière de gouvernance dans une démocrature éclairée...

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