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jeudi 23 juillet 2026
Antananarivo | 09h45
 

Politique

Un jour férié en réponse à la psychose

jeudi 23 juillet | Ikala Paingotra |  171 visites 

La gendarmerie nationale a annoncé hier que 200 disparitions ont été jusqu’à ce jour recensées, dont 175 résolues par le retour des concernés dans leurs familles, tandis que 6 personnes ont malheureusement été retrouvées décédées, et 19 restent encore recherchées. Le gouvernement vient de décréter que la journée du vendredi 24 juillet sera chômée et payée pour cause de deuil national. Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose si cela pouvait aider à une prise de conscience de la gravité de la situation au niveau des autorités, car au niveau des citoyens, cela est déjà fait.

Cette série de kidnappings et de meurtres qui occupe la une de l’actualité depuis plusieurs semaines génère une psychose compréhensible. Le chef de l’État a très justement parlé de terrorisme dans une intervention récente. Ceux qui observent la vie politique malgache depuis des décennies savent qu’on a souvent observé par le passé des vagues d’incidents plus ou moins graves dans les mois précédant les graves crises politiques : agressions, kidnappings, hausse de la criminalité, évasion de prison, etc. Les événements récents autorisent à penser que des groupes sont à l’œuvre pour délégitimer les autorités, en poussant à la perception qu’elles ne maîtrisent plus la situation en matière de sécurité publique. La question naturelle est donc de se demander qui pourrait être à la manœuvre derrière une telle entreprise criminelle.

En effet, dans un tel contexte, ce qui préoccupe l’opinion publique est d’avoir rapidement des noms de coupables par la question classique : à qui profite le crime ? Faute de coupables, on se contentera à défaut de boucs émissaires. À question naturelle, réaction précoce de ceux qui veulent des réponses même sans éléments précis : s’il s’agit d’un projet de déstabilisation des autorités, alors l’opposition est la première à soupçonner. Il suffit de voir la fleuraison de commentaires sur les réseaux sociaux qui insinuent une responsabilité du fuyard de Dubaï. Ce dernier ayant démontré depuis 2009 son manque de scrupules et d’éthique dès qu’il s’agit de conquérir le pouvoir ou de s’y maintenir, sa responsabilité n’est pas impossible, même si elle reste à prouver.

Toutefois, cette réponse naturelle est peut-être trop facile pour être gobée sans éléments probants. Elle surfe sur une pratique peu glorieuse et connue depuis la Rome antique : vae victis (malheur aux vaincus). On peut accuser ceux-ci de toutes les avanies car ils ne peuvent plus se défendre. Même si on déplore le principe d’accusations sans preuves envers qui que ce soit, on s’amuse toutefois de constater comment le karma se rappelle au bon souvenir de Rajoelina, en juste rétribution des mêmes pratiques de dénigrement et de diffamation contre Ravalomanana et ses partisans après le coup d’État de 2009.

Ceci étant dit, si les enquêteurs souhaitent vraiment faire un travail sérieux, ils devraient également explorer s’il n’y aurait pas la possibilité de groupes participant actuellement à la Refondation, mais qui auraient intérêt à décrédibiliser un futur rival politique. On sait qu’à Madagascar comme ailleurs, en politique, il n’y a pas d’amitié éternelle, mais seulement des intérêts partagés. Lorsque ceux-ci divergent, la trahison pointe son nez. Par exemple, on peut imaginer que des clans seraient intéressés à perturber les chances de candidature du colonel Randrianirina à la présidentielle, dans l’espoir de voir leur propre poulain émerger comme une alternative. Ce ne sont pas les ambitions présidentielles qui manquent dans les coulisses du pouvoir actuel. La montée en puissance du chef d’État peut ainsi frustrer des alliés qui avaient espéré qu’il se contenterait de la période de transition, et qui constatent qu’il se place de plus en plus en position de force pour une candidature d’État à la prochaine élection.

Enfin, des informations circulent au sujet d’une série de perquisitions qui a eu lieu dans le cadre de l’enquête. Au pays du honohono, du tsaho et du tondro-molotra, il y a toujours de bons clients pour les théories du complot. Les fanatiques religieux, mais également les régimes autoritaires ont toujours eu à cœur d’alimenter la suspicion contre ceux qui agissent en libres penseurs et en férus d’esprit critique. Ils sont considérés comme de potentiels dangers par les régimes autoritaires qui préfèrent les béniouiouis et les solelakistes, de l’Église catholique à Hitler, en passant par le régime de Vichy, l’Espagne franquiste ou l’Union soviétique de Staline. Les prétendues traditions de secret font souvent l’objet des fantasmes les plus abracadabrantesques, à la hauteur du niveau d’éducation générale dans la population et de la qualité intellectuelle et éthique de la classe politique.

La Vérité est rarement prioritaire quand l’enjeu est politique

Malheureusement, dans les cas de crise, la vérité est souvent secondaire à Madagascar. Il faut donc espérer que les enquêteurs ne confondent pas vitesse et précipitation sous la pression de l’opinion publique. Quand l’enjeu est politique, le plus important pour le pouvoir est de donner l’impression de s’attaquer au problème dans les délais les plus brefs en désignant des coupables. Par exemple, on se souvient que lors de la transition 2009-2013, Richard Ravalomanana avait diligenté des enquêtes rapides pour donner en pâture à tort et à travers les noms de pseudo-commanditaires des bombes artisanales. À Madagascar, il n’y a jamais eu beaucoup de scrupules à monter des dossiers judiciaires quand il s’agit de nuire aux adversaires. Et on ne parle pas seulement de certificats médicaux bidon produits pour emprisonner ceux qui leur déplaisent.

En parlant des enquêteurs, on note que sous tous les régimes depuis des décennies, les coupables sont étrangement trouvés très rapidement dans les affaires politiques : commanditaires de bombes artisanales (comme rappelé ci-dessus), ou encore auteurs de projets d’atteinte à la sûreté de l’État etc. Mais curieusement, cela fait quand même des années que les mêmes valeureux enquêteurs sont incapables de remonter jusqu’aux cerveaux des kidnapping d’enfants varira, ou des voleurs d’ossements dans les tombeaux. De temps à autre, on apprend certes que des lampistes associés à ces affaires ont été arrêtés, puis ça s’arrête là. Un peu comme dans l’affaire des empoisonnements d’Ambohimalaza, qui a vu des déclarations tonitruantes par la suite reniées par l’inaction.

On espère donc que l’esprit du Fanavaozana va également se refléter dans les principes, valeurs et méthodes des enquêtes judiciaires, et que le copié-collé des mœurs du clan orange n’y soit pas une évidence supplémentaire du grand écart avec les promesses de Refondation.

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