Une spectaculaire opération menée vendredi à Ambohibao, près du siège du BIANCO, prend les allures d’un braquage soigneusement préparé. Plus d’une vingtaine d’individus, dont la plupart étaient cagoulés et armés, ont investi le domicile d’un ressortissant chinois en affirmant agir au nom du ministère de la Justice et sur ordre du Président de la Refondation. Sans présenter le moindre mandat, ils auraient emporté plus de 200 millions d’ariary en espèces, des devises étrangères ainsi que des bijoux.
Selon les premiers éléments recueillis, les occupants de la maison n’auraient opposé aucune résistance, convaincus d’avoir affaire à une mission officielle. Les individus ont inspecté chaque pièce de l’habitation avant de rassembler l’argent liquide, les devises et les objets de valeur. Interrogés sur la raison de cette saisie, ils auraient affirmé que les biens seraient restitués par la suite et que leur supérieur s’était déjà rendu au palais d’Iavoloha pour présenter un compte rendu de l’opération au Président de la République. Les membres du groupe auraient ensuite demandé au propriétaire de les suivre, en le prévenant que, dans le cas contraire, les forces de l’ordre viendraient le chercher.
La victime est toutefois parvenue à filmer discrètement une partie de la scène. Dans une vidéo, l’un des hommes tient des propos qui renforcent le caractère troublant de l’affaire. Il déclare notamment que le ressortissant chinois peut contacter son ambassade « s’il le souhaite », avant d’ajouter que « les ordres du Président de la République doivent peser sur l’ambassade ». Ces affirmations, prononcées avec assurance, semblent avoir eu pour objectif de convaincre la victime qu’elle faisait face à une opération couverte par les plus hautes autorités de l’État.
Quelques heures après les faits, la Présidence de la République a réagi par l’intermédiaire de son directeur de la Communication. Dans un communiqué, le Président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, affirme n’avoir mandaté aucune personne pour effectuer des « perquisitions ». Le communiqué précise que toute personne, notamment celles se présentant comme conseillers techniques au sein de la Direction de la Refondation de la République, qui mène des actions illégales en invoquant son nom, doit être considérée comme un imposteur et immédiatement arrêtée par les autorités compétentes.
La Présidence rappelle également que le chef de l’État dispose du Premier ministre et des membres du Gouvernement pour exécuter les missions relevant de leurs compétences, sans avoir recours à de telles initiatives.
Ce démenti officiel renforce l’hypothèse d’un faux coup de filet ayant servi de couverture à un braquage. Le mode opératoire observé à Ambohibao rappelle néanmoins plusieurs affaires signalées depuis septembre 2025, au lendemain de l’arrivée au pouvoir de la junte militaire à l’issue du mouvement populaire ayant renversé Andry Rajoelina. À plusieurs reprises, des groupes se présentant comme des « missionnaires » du régime ou comme des envoyés des nouvelles autorités auraient mené des descentes similaires, alimentant un climat de confusion autour de la légitimité de certaines interventions.
L’affaire pourrait toutefois connaître un tournant rapide. Les deux principaux individus ayant dirigé cette opération ont été filmés et leur identité a rapidement circulé. L’un serait un capitaine de la gendarmerie, tandis que le second se présenterait comme membre de la GEN Z et conseiller du Président de la Refondation. Il reste désormais aux enquêteurs de déterminer si ces personnes ont usurpé ces qualités, si elles ont agi de leur propre initiative ou si d’autres complices sont impliqués.
Au-delà du préjudice matériel subi par la victime, cette affaire soulève de nombreuses interrogations sur l’utilisation du nom des plus hautes autorités de l’État pour mener des opérations illégales. Les investigations qui seront engagées devront non seulement établir les responsabilités de chacun, mais aussi dissiper les doutes suscités par cette intervention, dont les méthodes et les justifications ont provoqué une vive émotion. Les autorités sont désormais attendues sur leur capacité à identifier l’ensemble des auteurs, à récupérer les biens dérobés et à éviter que de tels agissements ne puissent se reproduire.
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