L’arrivée de nouveaux dirigeants à l’Exécutif, que ce soit le colonel Randrianirina à la tête de l’État, ou le Premier ministre Rajaonarison nouvellement nommé, s’est accompagnée d’une vague de belles paroles : fin de l’impunité, patriotisme, lutte contre la corruption, intérêt national, souveraineté etc. Rien de nouveau sous le soleil des tropiques : ce sont les promesses usuelles de ceux qui arrivent au pouvoir et cherchent à acquérir une légitimité par les mots. Concernant les actes, les derniers mois depuis octobre ont laissé entrevoir le style présidentiel. On va attendre avec curiosité ce que sera le style Rajaonarison, qui pour le moment bénéficie d’un a priori favorable malgré certaines questions légitimes.
Le spectacle peu reluisant que nous offrent les politiciens depuis des décennies soulignent une réalité : seuls les noms et les photos changent d’un régime à l’autre, mais les mentalités qui sous-tendent les comportements et les pratiques restent les mêmes. Quelquefois, en pire, car les nouveaux venus ont appris comment faire plus vite et plus fort que ceux à qui ils succèdent : comme dit le proverbe malgache, on a souvent une arrivée de crocodile qui suit le départ de l’alligator. Les litanies et dénégations “avoahay ny porofo” en réponse systématique ne sont en rien une garantie d’intégrité.
Ce paysage pitoyable est le prix que nous payons pour avoir choisi d’imiter les singes de la sagesse devant les abus et dérapages des politiciens : choisir de ne rien entendre, ne rien dire, et ne rien voir. Certains ont gobé le coup d’État de 2002, parce que Ravalomanana paraissait convainquant après deux décennies d’un ratsirakisme ravageur. Certains ont gobé le coup d’État de 2009 parce que Rajoelina paraissait séduisant après les dérives autocratiques et les abus de Ravalomanana. Certains ont gobé la prise de pouvoir par le Capsat parce que le colonel Randrianirina apparaissait comme un messie salvateur face aux exactions des gendarmes à la solde de Rajoelina. Puis les dérives sont apparues à chaque fois. Il suffit juste de patienter quelques années et lire les rapports de la Cour des comptes, lorsque sa parole se libère complètement, pour savoir de quoi il en retourne vraiment. Ou attendre le professionnalisme de juges londoniens ou mauriciens pour faire ce que les magistrats malgaches sont incapables de faire.
Dérives vers un régime ploutocratique
À Madagascar, la politique est malheureusement devenue une voie d’accès rapide vers l’enrichissement, en profitant des facilités ou opportunités offertes par le pouvoir. Dans ce contexte, il est tout à fait naturel que la ploutocratie [1] se développe. L’argent qui était déjà connu comme le nerf de la guerre est devenu en plus le nerf de la politique. On constate son utilité partout : indispensable pour les batailles électorales sur le terrain et sous la table, utile pour changer les configurations à l’Assemblée nationale, vital pour huiler les rouages en “arrosant” les plantes grasses assoiffées. Plus que jamais, à Madagascar, la politique est devenue une histoire d’argent, et ne favorise que les fortunés. Conséquence directe : l’émergence de politiciens venant du secteur privé.
Depuis 2002, trois entrepreneurs sont arrivés à la tête de l’État. Si Hery Rajaonarimampianina est un cas à part, il y a cependant une caractéristique commune majeure entre les deux autres, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina : ils n’ont pas fait d’études supérieures, mais ont exploité leur sens indéniable pour le business et sont devenus milliardaires. Côté pile qu’on a espéré : leur talent de businessmen à succès aurait pu être utile au développement du pays. Côté face qu’on a constaté : une propension à l’utilisation des prérogatives du pouvoir pour des intérêts privés, telles qu’exonérations fiscales au bénéfice de son groupe pour l’un, et mise en coupe réglée des finances publiques pour l’autre au profit de clan politico-mafieux.
Cette réussite sans avoir fait beaucoup d’études a contribué au développement de leur ego hypertrophié. Celui-ci les a poussé à se considérer comme des omniscients, imperméables à tout conseil visant à les orienter dans le bon sens quand nécessaire. Leur raisonnement est simple : partis de rien ou de pas grand-chose, leur sens des affaires leur a donné la fortune et le pouvoir. Ils sont donc arrivés au sommet, et ne considèrent pas avoir de comptes à rendre et de conseils à recevoir, car personne ne peut se prétendre être leur égal, et encore moins leur supérieur.
Il est donc utile de se remémorer ces caractéristiques dans le choix des politiciens à qui on accorde son estime. Les personnalité peu instruites mais ayant acquis une fortune et un statut grâce à leur talent pour le business, ont à la fois une prédisposition pour nourrir une arrogance autocratique, et une propension à utiliser le pouvoir comme un booster d’enrichissement personnel. Le tout bien entendu derrière les beaux discours du fitiavan-tanindrazana.
La nécessité de savoir s’entourer
Il est important ici de souligner que le fait de ne pas avoir fait d’études supérieures n’est pas nécessairement un obstacle au succès : la réussite des groupes Injet et Tiko le montre largement. Il y a dans le monde entier des exemples de dirigeants qui ont su compenser leurs lacunes académiques par la sagesse et le bon sens en choisissant de qui ils s’entourent et qui ils écoutent. Quand il s’agit de présider aux destinées d’un pays qui nécessite que l’on maîtrise de multiples domaines pour être efficace, le complexe de supériorité devient stupidité quand il pousse à refuser les conseils avisés et nécessaires pour compenser le manque de compétence sur de nombreux domaines.
Le fait de savoir s’entourer des bonne personnes, olom-banona et olom-bonona, est donc un facteur-clé de succès. Mais là encore, intégrité, compétence, et patriotisme ne se décrètent pas par les mots, mais doivent se démontrer par les actes. Le gouvernement Rajaonarison est entaché de reconductions polémiques et de limogeages qui rendent perplexe : par exemple, pourquoi avoir mis fin aux fonctions du ministre Ny Ando Ralitera, alors que les autorités actuelles se gargarisent de la réduction notable des délestages d’électricité ? Attendons toutefois de voir le chef du Gouvernement à l’oeuvre avant de juger l’adéquation entre paroles et actes.
En attendant, on a une pénible impression de déjà-vu sur de nombreux sujets. La nature ayant horreur du vide, les fonctions laissées par les hiérarques déchus ont trouvé preneurs. Les Lalatiana Rakotondrazafy, Naivo Raholdina, Rinah Rakotomanga, Dadan’i Jemima et Mamy Ravatomanga ont déjà trouvé leurs remplaçants, chacun dans leur domaine. Les uns par les abus d’autorité sans scrupules, les autres en étant de grandes gueules sans beaucoup de cervelle, sans oublier les solelakistes béniouioui et leurs troupeaux de comptes fake pour défendre le régime. Au fait, comme les trains, un PDG peut en cacher un autre.
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Vos commentaires
Les réussites de INJET et de TIKO ne relèvent nullement d’un bon management ! Injet de Rainilainga a profité des passe-droits et de favoritisme dans l’attribution des marchés publicitaires dans la capitale . TIKO doit sa réussite par un financement initial de la banque mondiale avec feu Rakotovao RAZAKABOANA ministre des finances de l’époque . Ce sont deux pseudomythes de l’entrepreunariat !
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INJET était INJET et TIKO était TIKO avant l’accès de leur fondateur aux rouages de l’État. Malgré tout ce qu’on peut reprocher à l’un et à l’autre, il faut reconnaître qu’avoir bénéficié d’un financement ne signifie pas grand chose sans le talent pour convaincre de sa bancabilité et le faire fructifier. Comment ils ont ensuite profité de leur présence à la tête de l’État pour des passe-droits est une autre histoire.