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jeudi 12 mars 2026
Antananarivo | 10h07
 

Politique

Refondation : pas de nouveau meuble avec de vieilles planches

jeudi 12 mars | Ikala Paingotra |  167 visites  | 1 commentaire 

Après quatre mois de pouvoir, l’enthousiasme qui a suivi la prise de pouvoir par le colonel Mickael Randrianirina s’est effrité. Seule la propagande de ses fidèles, des mpisolelaka de service, et des anti-Rajoelina fanatisés continue à entretenir l’illusion d’une popularité intacte. Une partie de la population lui reste certainement reconnaissante d’avoir mis fin aux exactions des gendarmes contre les manifestants. Toutefois, la suite des événements d’octobre 2025 montre que la déception commence à prendre de l’ampleur. Les déclarations et les beaux discours ne suffisent pas à endiguer la frustration montante : l’expérience du pouvoir déchu a montré la valeur des belles paroles et des velirano. On jugera donc sur les actes, et non sur les déclarations d’intention lors des discours et émissions télévisées. Seuls les solelakistes par intérêt ou par conviction ont intérêt à chanter les louanges du pouvoir et dire que ça va mieux, ou pire, que ça va bien. Quant au reste de la population, le sens des réalités et le sens critique amènent à plus de lucidité.

Délestages et « Refozation »

On se souvient que les délestages d’eau et d’électricité avaient été le déclencheur des manifestations ayant fini par emporter Andry Rajoelina. Il faut reconnaître que les défaillances structurelles du système font qu’il faudra beaucoup de temps et de ressources pour que la Jirama puisse à nouveau offrir des services satisfaisants, si un jour elle y arrive. En attendant, la population découvre que les changements de personnes ne se traduisent pas nécessairement en résolution immédiate de problèmes. Il y a certes eu un léger mieux, mais on est encore loin de satisfaire la population. Le problème est très simple : en attendant la construction de nouveaux barrages ou l’installation de panneaux solaires, la seule solution permettant d’accroire la production d’électricité est la multiplication de centrales thermiques. Or ceux-ci marchent avec des produits pétroliers. L’État a-t-il les reins financiers assez solides pour tenir sur la durée, surtout dans le contexte actuel sur le marché mondial ?

Malheureusement pour le colonel Randrianirina, la frustration est à la hauteur des attentes. Malgré les efforts du ministre Ny Ando Ralitera, les coupures demeurent et se traduisent en protestations de plus en plus nombreuses dans certains quartiers. La seule différence, c’est que le nom « Rajoelina » a été remplacé par un autre dans les slogans et les chants, mais la colère reste la même.

Les réseaux sociaux ont qualifié de « refozation » le phénomène perçu d’un maintien ou d’un retour en zone des sbires (« forongony ») de Rajoelina dans les cercles du pouvoir actuel. Du haut en bas de l’échelle administrative, des nominations (même techniques) sont décriées par principe, voire combattues. Les demandes de remplacement se multiplient contre des fonctionnaires nommés par l’ancien régime, allant de sefo fokontany à des postes de direction dans les ministères, en passant par des chefs de circonscriptions scolaires. On s’étonne de ces accusations quelquefois bien légères. Il ne faut pas oublier que le passé politique de nombreux hiérarques et soutiens du pouvoir actuel est marqué par une collaboration étroite avec Rajoelina, avant les retournements de veste opportuns. Sincèrement, pourquoi faudrait-il accorder de la crédibilité à des gens qui nous vendent aujourd’hui avec enthousiasme la Refondation, après nous avoir vendu hier la Révolution orange et son leader, avec les résultats que l’on sait ?

Mimétisme

Malgré la propagande et les envolées lyriques au son de la Refondation, il semble y avoir un mimétisme entre les vieilles ficelles de Rajoelina et les pratiques du nouveau pouvoir. On citera entre autres : politisation de la Justice sous couvert de juridisme ; accusations d’atteinte à la sûreté de l’État pour décapiter l’opposition ; utilisation de troupeaux de comptes fake pour la propagande pro-pouvoir sur les réseaux sociaux ; engagements verbaux démentis par les faits en faveur de la démocratie, la bonne gouvernance et l’État de Droit ; impunité des copains et des coquins ; décisions prises en violation des règles et des normes dans les institutions. « Sortez les preuves » avait péroré Ravatomanga pour nier les suspicions à son égard, en sachant très bien que dans un système judiciaire aux ordres de l’Exécutif, il faut attendre des tribunaux londoniens ou mauriciens pour avoir la vérité sur le comportement des dirigeants. On entend pourtant de plus en plus ce pseudo-argument popularisé par le "PDG" dans les cercles du pouvoir actuel.

Tout ceci rappelle dans les actes l’arrogance de la fameuse expression de Claudine Razaimamonjy, l’ancienne conseillère du Président Rajaonarimampanina : « izahay izao no au pouvoir ». Entendre par là, on fait ce qu’on veut. Les exemples possibles sont nombreux, on mentionnera la rocambolesque affaire du remplacement de trois juges de la Haute cour constitutionnelle suite à une « démission » que les principaux intéressés nient n’avoir jamais fait, ou encore tout le cinéma autour de la personne de Raïssa Razaivola. On se demande avec amusement quelles sont les « motivations » des uns et des autres qui se sont impliqués dans les tentatives de la blanchir dans l’opinion publique, et surtout quelle est la vérité derrière la récente (re)arrestation de la dame. Application du Droit ou vitrine pour calmer l’opinion publique ?

Enfin, au vu de certaines nominations effectuées, on se demande si la compétence, censée venir de la formation et de l’expérience, est toujours une valeur dans l’administration publique. Pire : on s’interroge si la traditionnelle enquête de moralité pour les candidats aux hauts emplois de l’État est toujours une pratique. Il y a des noms rattachés à des casseroles avérées dans les milieux informés, et qui se retrouvent maintenant en toute impunité dans le giron du pouvoir. Le type de pitreries vécues sous Rajoelina, et qui se perpétuent.

Refondation de la classe dirigeante, refondation des pratiques, refondation des mœurs ? À de nombreuses reprises le colonel Randrianirina a appelé à la confiance. Mais au vu de ce qui précède, il faudra beaucoup plus d’efforts pour la mériter. Le changement de Premier ministre sera un test fondamental. Refaire les habituelles manoeuvres politiciennes ne fera que démontrer une chose : finalement, quel que soit le régime, on ne fait pas un nouveau meuble avec de vieilles planches.

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1 commentaire

Vos commentaires

  • 12 mars à 09:49 | Vohitra (#7654)

    Comment peut-on prétendre concourir à un marathon et espérer gagner avec un petit caillou dans le soulier sans se gêner et se faire blesser même ?

    Vieilles planches ou petit caillou, c’est pareil : l’objectif essentiel est difficile à atteindre voire même impossible !

    Le vrai problème de fond ici, c’est l’hypocrisie, on fait semblant d’agir tout en pratiquant le mensonge et la trahison ou le déni...

    Mais de quelle hypocrisie au juste ?

    Rajoelina, Ntsay et Ravatomanga ont capturé l’Etat Malagasy, dans le but essentiel de piller pour s’enrichir.

    Et pour y arriver, Ils ont mis en place un réseau de bandes organisées partout et dans tous les secteurs : politique, économique, institutionnel, juridictionnel. Leur rôle, c’est de servir l’objectif de prédation de l’Etat.

    Et comme conséquence visible et palpable : un vaste et incommensurable enrichissement illicite réalisé par les membres du réseau.

    Et quel impact immédiat pour l’Etat Malagasy ? Un État failli dans toutes ses missions régaliennes.

    Et quelle retombée pour l’ensemble de la Nation ? Une paupérisation généralisée pour la grande majorité de la population Malagasy.

    Alors, si on est vraiment sincère (sans hypocrisie), et si on veut vraiment réaliser la vraie Refondation (reconstruire la fondation mais non pas un simple replatrage ou un renouvellement), alors, est-ce encore difficile d’identifier par où commencer la vraie Refondation de la République ?

    Non, ils le savent tres bien, ils savent le fléau à combattre mais ils ne veulent pas livrer le combat.

    Pourquoi ?

    La réponse est simple : ils sont minés par la convoitise vis à vis des richesses amassées par le trio de malheur cité supra.

    Voilà ! Et ils se cachent derrière une hypocrisie débordante...

    Répondre

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