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Pollution de l’eau à Fort-Dauphin : Transparency International monte au créneau

lundi 14 mars | Mandimbisoa R.

Transparency International Initiative Madagascar (TI-IM) a confirmé ce week-end la présence des « poissons sans vie gisant sur les bords du lac d’Ambavarano non loin du seuil déversoir mis en place par Rio Tinto/QMM », à Fort-Dauphin. Ceci fait suite aux signalements des pêcheurs à Manakana près d’Andrakaraka, suivis d’une descente sur les lieux pour constater de près la situation.

« Nous soupçonnons un lien entre cet incident et le relâchement d’un million de mètres cubes d’eaux minières usagées dans la région sur sept semaines, annoncé par QMM jeudi dernier (…) Nous exigeons des autorités compétentes une transparence absolue dans le traitement de cette affaire, un rapport dans les plus brefs délais sur l’origine de cet incident et des mesures d’information adéquate des communautés riveraines qui utilisent ces cours d’eau au quotidien », lance Transparency International.

Le gouverneur de la région Anosy, Jocelyn Raharimbola, s’est rendu sur les lieux le 12 mars dernier avec une forte délégation d’une trentaine de personnes, représentants différents ministères, pour constater les faits. Tout comme les représentants de TI-IM, ils ont constaté la présence de poissons morts près du seuil de versoir de QMM. Ce sont des poissons de différentes tailles et de diverses espèces sans vie confirme Transparency International.
Ainsi, le gouverneur de la région a décidé d’interdire les activités de pêche autour du seuil déversoir dans les eaux de Manakana, d’Ambavarano et d’Andrakaraka en attendant le résultat des investigations. Toute vente de poissons issue de ces lieux reste également interdite.

Les Ministres de la Santé et de l’Eau ont déclaré aux journalistes le 28 février que lors de leur passage à Fort-Dauphin le dimanche précédent, ils ont rendu visite au site de Mandena dans la région d’Anosy, et ont été informés par des membres de la société civile de « suspicion de pollution des eaux issues de l’exploitation de QMM ». Ils se sont entretenus avec les responsables de cette société minière et ont visité le point de rejet de l’exploitation à Mandena. Les informations reçues par les organisations de la société civile mentionnent la survenue d’un incident, le 10 février selon les uns, le 17 février selon les autres : s’agissait-il d’un écroulement de la berme, sorte de barrage qui empêche la fuite des eaux usées du bassin minier – ou d’une fuite dans le pipeline qui transporte les déchets de l’exploitation d’ilménite de la société QMM Rio Tinto.

De son côté, QMM dans un communiqué publié le 9 mars dernier dit avoir « fait appel aux services d’lntersafe, expert indépendant dans l’analyse d’incidents pour supporter l’équipe d’enquête locale », dans le souci « d’assurer l’objectivité de cette investigation ». Des échantillons d’eau ont été prélevés en huit points, en présence des régulateurs, à savoir l’ONE et l’Autorité Nationale de l’Eau et de l’Assainissement (ANDEA). Ces échantillons sont prévus être analysés par le laboratoire de QMM et celui, choisi par les régulateurs, selon le communiqué. « Si un lien de cause à effet était identifié entre les épisodes ponctuels de trouble de l’eau signalés récemment et les opérations minières, QMM s’engage à présenter un plan de remédiation. », déclare le communiqué.

En parallèle, QMM explique procéder à un « relâchement ponctuel d’eau depuis les bassins de décantation de sa mine d’ilménite à Fort- Dauphin » avec l’accord de l’ANDEA, suite aux fortes pluies qui ont amené les bassins à saturation. Cette démarche serait totalement maîtrisée et QMM dit s’engager à mettre en place des opérations de remédiation en cas d’effets sur les sites.

Depuis 2020, 60 % des villageois disent que la qualité de l’eau s’est dégradée et 57 % attribuent cette dégradation de leurs ressources naturelles en eau aux opérations de QMM (PCQVP, 2020). L’étude de PCQVP MG en 2020 a démontré qu’en l’absence d’infrastructures hydrauliques, la majorité des villageois vivant dans les communes adjacentes à la mine tirent leur eau potable et domestique directement des rivières et des lacs à côté de la mine. Ces cours d’eau sont en aval de la mine et peuvent recevoir les eaux de rejet de la mine QMM. Le lac local à côté de la mine a également été exposé à une brèche sur le périmètre de la mine, où les résidus miniers de QMM ont empiété sur le lac local et augmenté le risque de contamination par les eaux usées du bassin minier.

Après la mise en évidence de la brèche, de multiples études menées par des experts internationaux ont confirmé des niveaux élevés d’uranium et de plomb dans les eaux autour de QMM, 50 et 40 fois respectivement supérieurs aux directives de l’OMS sur l’eau potable. Par ailleurs, l’année dernière, QMM a publié ses données de suivi des rejets d’eau et a reconnu que ses eaux de mine contiennent des dépassements de cadmium et d’aluminium, au-dessus de la limite de rejet légale accordée par la réglementation malgache.

Les demandes des communautés et organisations de la société civile locales ont été soutenues par des ONGs nationales et internationales qui ont fait pression sur l’entreprise pendant trois ans pour fournir d’urgence des services alternatifs pour l’accès à l’eau potable aux communautés affectées par la mine.

Ces derniers événements démontrent ainsi le risque continu que constituent pour les communautés locales les eaux usées de décharge de la mine, qui contiennent des contaminants de métaux lourds tels que l’uranium et le plomb et présentent une menace pour la santé humaine et la biodiversité aquatique.

Les organisations de la société civile exhortent ainsi les autorités et la société minière QMM Rio Tinto à faire preuve de respect et de sens des responsabilités vis-à-vis des citoyens des localités riveraines du site minier de Mandena et à entreprendre en urgence des actions concrètes d’approvisionnement en eau potable pour préserver la santé de la population. Elles invitent l’Etat à prendre des mesures conservatoires pour s’assurer que tout risque d’aggravation de la contamination découlant des opérations de QMM soit écarté en attendant les vérifications et expertises qui s’imposent.

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