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vendredi 24 avril 2026
Antananarivo | 09h35
 

Politique

Éviter le double jeu gênant envers la Gen Z

vendredi 24 avril | Ikala Paingotra |  140 visites  | 1 commentaire 

Selon un communiqué publié hier sur la page Facebook de la Primature, plus d’une centaine d’entités se réclamant de la Gen Z se sont inscrites pour la rencontre de ce jour à l’invitation du Premier ministre (PM) Rajaonarison. Dans un contexte de tension entre Gen Z et autorités, cette initiative mérite d’être reconnue à sa juste valeur. Malheureusement, certains groupes ont déclaré leur volonté de ne pas honorer l’invitation, et leur argument est loin d’être illégitime : pas de participation tant que certains de leurs compagnons de lutte sont emprisonnés.

Cela serait pourtant dommage que des éléments valeureux du mouvement Gen Z se privent d’un canal de communication ouvert avec l’Exécutif. Ce serait une erreur tactique de faire le choix de communiquer par voie de post Facebook, au lieu de profiter d’une opportunité de parler directement avec le chef du gouvernement, lui poser des questions, et avoir des réponses. Si les publications Facebook étaient une approche efficace de communication avec les autorités, la Gen Z ne serait pas la cocue de la « révolution » d’octobre 2025 qu’elle est aujourd’hui devenue.

Le risque d’une politique de la chaise vide est de voir l’espace occupé par d’autres « représentants » de la Gen Z qui sont « motivés » pour chanter depuis quelque temps les louanges du pouvoir dans des conférences ou sur les réseaux sociaux. De plus, quand on a vu des représentants de la « Gen Tata » de Marc Tatandraza être invités par le pouvoir au CCI Ivato à l’ouverture du Forum des jeunes, on se pose sérieusement la capacité de discernement des organisateurs. Mais peut-être que ces choix discutables ne sont qu’une continuité de la stratégie de noyautage de ceux qui risquent d’être incontrôlables.

Changement de contexte

Il y a un point que la Gen Z « sérieuse » doit admettre aujourd’hui : même si le contenu de ses revendications reste tout à fait légitime, sa capacité de percussion dans l’opinion publique n’est plus celle de septembre et octobre 2025. Les sponsors des influenceurs qui ont été payés pour organiser et mobiliser les jeunes en 2025 sont déjà arrivés au pouvoir, et n’ont plus aucun intérêt politique à soutenir les revendications actuelles de la Gen Z. Conséquence : les « influenceurs » ont raccroché les gants, car on ne parle pas la bouche pleine, et les leaders des revendications actuelles n’ont donc plus de relais de communication. L’audience famélique des dernières manifestations en est la preuve. Les arrestations sous des prétextes farfelus ont fait le reste du travail d’intimidation. À Madagascar, l’injustice, l’abus de pouvoir, le montage de dossiers et faux certificats médicaux pour faire emprisonner les adversaires, ainsi que la corruption de la Justice décriée chaque année par les rapports d’Afrobaromètre ou de Transparency International sont des réalités du monde judiciaire. Ce ne sont pas quelques jeunes envoyés arbitrairement derrière les barreaux qui vont empêcher certains de dormir.

Un changement de stratégie s’impose donc pour la Gen Z, car sa capacité à réunir une masse critique dans la rue est pour le moment largement amoindrie. Dans ce contexte, l’initiative du PM est méritoire, raison pour laquelle ne pas profiter de cette main tendue serait une erreur. On ne cessera de rappeler que c’est à cause de choix politiquement immatures que les éléments respectables de la Gen Z ont été très rapidement écartés par les politiciens. Les nouveaux dirigeants ont profité de l’inexpérience politique, mais quelque part aussi de l’arrogance du noyau principal du mouvement Gen Z, pour rendre celui-ci invisible et inaudible. À la place, des groupuscules à la légitimité discutable, mais se réclamant également du label Gen Z, ont été mis en avant par les dirigeants. Leur multiplication a pour objectif d’isoler les leaders qui persistent à maintenir la pression des revendications de 2025 (eau, électricité, bonne gouvernance, liberté d’expression, etc.).

Le message implicite de la tactique est simple : seuls les jeunes de la Gen Z qui affirment être satisfaits de la Refondation sont respectables, et les autres ne sont que des énergumènes déconnectés. Les politiciens au pouvoir ont donc reformaté le paysage de la Gen Z, en créant de fait deux groupes : la « bonne » et la « mauvaise » Gen Z. La bonne est celle des solelakistes actifs au son des « bravos mercis » de l’ère Rajoelina, mais sans Rajoelina. La mauvaise est celle qui se permet de ramer à contre-courant, et que le pouvoir préfère écarter ou faire taire, sous un prétexte fallacieux ou un autre. Ouvrir la porte au dialogue à l’ouverture du Forum de la jeunesse au CCI Ivato, mais mettre derrière les barreaux ceux qui font œuvre de sens critique : comment peut-on qualifier cette approche bancale ? Double langage ou machiavélisme dans la stratégie du tanora tohatra fiakarana : l’avenir le dira.

Un pouvoir amnésique et ingrat contre la Gen Z ?

Depuis quelques mois, les éléments de langage des dirigeants ont été perçus comme reniant, ou du moins relativisant l’importance du mouvement de la Gen Z en 2025. Le ministre de la Jeunesse et des Sports s’est permis de dénigrer la rue comme espace de revendication de changements institutionnels. Il oublie que sans la rue, il ne serait pas là où il est aujourd’hui. Pire, le chef de l’État lui a emboîté le pas en critiquant ouvertement « ceux qui font du bruit » sur les médias et les réseaux sociaux dans le but de « se faire remarquer et obtenir une nomination au Gouvernement ». Il oublie bien vite que certains de ses ministres sont des exemples parfaits des « grandes gueules » qui doivent leur notoriété à leurs diatribes sur Facebook, et non à leur compétence et encore moins à leur respectabilité. Dernièrement, la ministre de la Justice s’est même permis de donner aux jeunes de la Gen Z des leçons d’éthique politique et de moralité. Dans ce domaine, la crédibilité du message dépend de celle du messager, et le seul commentaire que nous nous autoriserons sera celui-ci : « lol ».

Six mois après la prise de pouvoir par la junte militaire à Madagascar, les récentes arrestations de jeunes pour avoir initié des manifestations critiques contre le pouvoir interrogent : les accuser d’atteinte à la sûreté de l’État pour avoir refusé le solelakisme ambiant, c’est un peu oublier quelles sont les sources du pouvoir actuel. Une question de pose donc. À quoi doit-on alors mesurer les limites de la légitimité de la parole de la jeunesse : à sa pertinence et à la qualité de son sens critique, ou bien à la création de vaches sacrées qu’il lui est interdit de critiquer ?

C’est sans doute cette réflexion qui devrait animer le Premier ministre aujourd’hui. Son initiative est digne et mérite d’être soutenue, mais pour qu’il gagne et maintienne sa crédibilité devant la Gen Z, il devra prendre des mesures fortes par rapport aux revendications, s’abstenir de promettre l’impossible, et tenir les engagements qu’il ne manquera pas de prendre. Le pire qui puisse lui arriver serait de rappeler le style des velirano mensongers de Rajoelina. En premier lieu, il devra s’assurer que les accusations contre les jeunes emprisonnés soient fondées sur des faits réels et avérés, et non sur des pitreries de spécialistes du montage de dossiers.

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1 commentaire

Vos commentaires

  • 24 avril à 09:35 | rakotobe (#7825)

    De la condescendance, de l’enfumage ni plus ni moins.

    La main tendue du PM est un leurre.
    Céder c’est " aller á Canossa "

    Ces quelques mois d’exercice de pouvoir ont clairement démontré que la junte militaire est incapable d’incarner les valeurs justes, celle de la libération.
    Le colonel et ses éléments sont dans la continuité des us et pratiques de l’ancien pouvoir mafieux, ceux de la PRÉDATION.

    Répondre

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