L’ouverture du 85 ? Jubilé du Réveil de l’Église luthérienne malgache (FLM), samedi au grand camp d’Ankaramalaza, n’a pas seulement constitué un grand rendez-vous religieux. La cérémonie a également revêtu une dimension politique marquée avec la présence, aux côtés du président de la Refondation, le colonel Michaël Randrianirina, des anciens chefs de l’État Marc Ravalomanana et Hery Rajaonarimampianina. Cette image de trois présidents réunis lors d’un même événement intervient dans un contexte où les autorités multiplient les appels au dialogue en vue de la future Ve République.
Devant plusieurs milliers de fidèles venus de toutes les régions de Madagascar ainsi que des délégations étrangères, le président de la Refondation a prononcé un discours mêlant références spirituelles et messages à portée politique. Il a affirmé que « la foi et l’unité sont les fondements de la reconstruction nationale », appelant les Malgaches à préserver la cohésion du pays et à prier pour ses dirigeants. Selon lui, les Églises ont un rôle majeur à jouer dans la consolidation de la paix, du vivre-ensemble et de la solidarité, autant de conditions qu’il considère indispensables pour accompagner la refondation engagée.
La présence simultanée de Marc Ravalomanana et d’Hery Rajaonarimampianina n’est pas passée inaperçue. Ces dernières semaines, le chef de l’État avait déjà annoncé sa volonté d’associer les anciens présidents au futur dialogue politique, réclamé notamment par plusieurs partenaires internationaux. Leur participation à cette cérémonie religieuse apparaît ainsi comme un nouveau signe d’ouverture dans un contexte où les discussions sur les futures institutions du pays occupent une place croissante dans le débat public.
Le colonel Michaël Randrianirina a également insisté sur le fait que cette célébration dépassait largement le cadre de la seule communauté luthérienne. À ses yeux, la participation de fidèles issus de différentes confessions chrétiennes, de toutes les régions du pays ainsi que de délégations étrangères illustre la capacité des Malgaches à se rassembler autour de valeurs communes. Il a remercié les responsables religieux pour leurs prières en faveur de Madagascar avant de rappeler que « aucun homme sur terre n’est égal à Dieu », un message invitant, selon lui, les responsables publics à exercer leurs fonctions avec humilité.
Le chef de l’État est également revenu sur la question de la laïcité, sujet qu’il avait déjà évoqué lors de la clôture des Assises nationales de la jeunesse à Ivato. Il a réaffirmé que la neutralité de l’État ne s’oppose pas à la liberté religieuse. Selon lui, chacun demeure libre de pratiquer sa foi, tandis que l’État doit garantir cette liberté sans privilégier une religion. Il a toutefois estimé que les valeurs spirituelles pouvaient continuer à inspirer les dirigeants dans l’exercice de leurs responsabilités au service de la nation.
Évoquant son attachement personnel à Ankaramalaza, le président de la Refondation a rappelé qu’il y avait été consacré berger, sous le nom de « Soldat de Jésus », lors de l’édition précédente du rassemblement. Il a expliqué que ce lieu occupait désormais une place particulière dans son parcours et qu’il y revenait lors des moments importants de sa vie.
En marge des cérémonies, le président de la Refondation et son épouse se sont rendus à l’hôpital SALFA d’Ankaramalaza afin de rencontrer les patients hospitalisés et de leur remettre des aides. L’ouverture officielle du Jubilé s’est également déroulée en présence du président de l’Assemblée de la Refondation, le général Lucien Rabearimanana, de plusieurs membres du Gouvernement et de nombreuses autorités civiles et religieuses.
Au-delà de son caractère spirituel, cette cérémonie aura surtout illustré le rapprochement visible entre les principales figures institutionnelles du pays. Alors que les préparatifs de la future Ve République se poursuivent et qu’un dialogue politique doit prochainement être organisé, la réunion du président de la Refondation avec deux anciens chefs de l’État lors d’un événement religieux majeur constitue un signal politique qui ne devrait pas passer inaperçu.
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