Lors d’« Assises des Partis Politiques » pour la Refondation, 103 partis ont signé un Accord politique dans le but de réorienter le processus censé servir de base à la transition. Il sera porté par les signataires comme contribution à la future Concertation nationale. Ledit accord préconise, entre autres, la dissolution des institutions, ainsi que la création d’une Haute autorité de la refondation qui aurait pour objectif d’élargir le pouvoir à 12 civils, au-delà des cinq militaires déjà en place.
A priori, le mouvement pourrait être méritoire. Les premiers mois sont loin d’autoriser un optimisme béat, et malgré la propagande officielle et celle des mpisolelaka, les exemples inquiétants s’accumulent aussi bien dans le domaine de la démocratie que de l’État de Droit. L’Accord politique partirait donc d’un bon sentiment : replacer les partis politiques dans le jeu politique, mettre des balises au processus de transition, tenter un retour vers les valeurs démocratiques et les principes de bonne gouvernance afin de limiter les dérapages et incertitudes, etc.
Toutefois, de nombreuses questions se posent, car la crédibilité du message dépend de celle du messager.
Dans un « Accord politique » censé refléter le point de vue des partis politiques, où sont les partis majeurs qui ont une représentation nationale réelle ? Le fait d’avoir été un parti dirigeant, la présence de députés sous leurs couleurs à l’Assemblée nationale, ou une audience honorable à une présidentielle récente consacre l’importance des partis. On constate pourtant l’absence parmi les 103 signataires de l’IRD/IRMAR, du TIM, du MMM, de l’AVI, ou de FIVOY etc. Sur le papier, le nombre 103 semble être impressionnant, mais en réalité c’est plutôt un rassemblement de groupuscules.
Particules
Outre leur envergure politique qui pose déjà question sur le plan quantitatif, il y a également des interrogations qualitatives. Il y a en effet des critères universellement reconnus pour juger du sérieux d’un parti politique : organiser régulièrement un congrès, présenter des candidats aux élections, avoir des élus, présenter un projet de société etc. A-t-on 103 projets de société qui correspondent à ces 103 signatures ? Il faudrait un jour que les Malgaches mûrissent et accordent aux politiciens et aux partis politiques l’importance qui correspond à leur poids électoral. Combien de personnalités se prétendant actuellement de premier plan ont eu des résultats minables aux présidentielles auxquelles elles se sont portées candidats ? C’est donc le défaut majeur du système politique, qui favorise des « grandes gueules » ayant une assise politique insignifiante.
Les premiers mois qui ont suivi la chute d’Andry Rajoelina montrent l’émergence d’un clan au pouvoir, dont de nombreux aspects rappellent ceux du clan Rajoelina. Ce clan repose sur une alliance entre quelques militaires, quelques politiciens et quelques « opérateurs économiques », et qui a réussi à créer une bulle de pouvoir aux mains de non-élus, en écartant des leviers opérationnels les partis politiques et la Gen-Z, qui a pourtant été à l’origine de la chute de Rajoelina. Certaines actions cosmétiques ont eu lieu pour donner à celle-ci l’impression qu’elle est prise en compte, en nommant quelques-uns de ses visages les plus connus à des postes qui ne prêtent pas à conséquence, comme le jeune Mikolo récemment catapulté conseiller technique du Premier ministre.
L’Accord politique est donc une tentative de retour en zone des laissés sur le côté après la prise du pouvoir par le Capsat. La montée en puissance de quelques personnalités politiques, parfois fraîchement sorties de prison ou de retour d’exil, ne signifie pas que le jeu politique est aux mains des partis, dont c’est pourtant la vocation. Se demander si cet Accord politique a une chance de recevoir une suite favorable de la part de ceux actuellement au pouvoir, c’est se demander si ceux-ci sont désireux de partager leur part de gâteau. Ceux qui espèrent qu’il en soit ainsi ont une connaissance approximative des mœurs politiques locales. « Izahay izao no au pouvoir » avait-on entendu il y a quelques années. Les personnes ont changé, mais pas la mentalité.
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