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Le gouvernement malgache confié à Mamitiana Rajaonarison

lundi 16 mars | Ikala Paingotra |  383 visites  | 3 commentaires 

Mamitiana Rajaonarison, nouveau Premier ministre (PM) a un cursus impressionnant de technocrate : ancien officier de gendarmerie, administrateur civil de formation, avec un parcours qui l’a fait passer au Bianco avant d’arriver à la tête du Service de renseignement financier en mars 2021. Il a donc un profil d’expert avéré de la lutte anti-corruption, doublé d’une connaissance approfondie des mécanismes et règles de l’administration publique. En outre, il bénéficie d’une bonne réputation de rigueur et d’intégrité, y compris dans le milieu des partenaires techniques et financiers.

Sur le papier, son nom est donc un très bon choix, même si on note toutefois qu’on ne l’a jamais entendu sur les grands dossiers de corruption de l’ère Rajoelina, tels que ceux de Mamy Ravatomanga ou de Romy Voos. Si cette discrétion était un reflet de la prudence d’un courageux mais pas téméraire face aux puissants du monde politique, cela risque de poser problème. Reste à savoir si le mutisme passé du Samfin, Bianco et autre Pôle anti-corruption au sujet de Ravatomanga va continuer à être une pratique sur d’autres sujets. Araka ny fomba mahazatra izay tsy hita izay mahatsara azy. Attention : comme pour les trains, un PDG peut en cacher un autre.

Le PM devra donc faire ses preuves très rapidement sur deux points essentiels. D’une part, démontrer sa crédibilité dans la fin effective de l’impunité pour les copains et les coquins du pouvoir actuel et passé. On peut déjà commencer par une suggestion : punir les fripouilles du système judiciaire qui se sont rendues complices des emprisonnements injustes de Rolly Mercia et d’Iharizaka Rahaingoson, ainsi que les commanditaires. D’autre part, mettre en place un gouvernement qui tirera sa légitimité de la crédibilité des nominations de ministres et de dirigeants d’organismes rattachés, et non de prébendes accordées à des mpitolona dont l’adéquation du profil avec les exigences du poste laisse à désirer.

Cette question de la méritocratie et de la lutte contre l’impunité se pose dans le contexte inquiétant d’un système politico-économique rongé par la corruption. Le PM sera-t-il l’homme de la refondation ou d’un simple replâtrage ?Quelle va être sa marge de manœuvre dans le fragile équilibre qu’il va devoir mettre en place avec les partis politiques et les différentes institutions, à commencer par les officiers de la junte ? Quelle va être sa capacité à développer une nécessaire assise politique tout en affrontant la vénalité dont beaucoup de politiciens ont érigé en vertu cardinale ? Comment va-t-il gérer des finances publiques exsangues pour parer aux urgences et priorités, à commencer par les services de la Jirama ? Quel va être le poids dont il va disposer pour s’imposer face à l’influence des groupes qui phagocytent l’économie du pays ? Même le sujet est un domaine réservé du chef de l’État, comment va-t-il manoeuvrer pour maintenir un équilibre entre les indispensables occidentaux et les appétits pro-russes ?

A priori, le Président de la refondation de la République de Madagascar (PRRM), le colonel Randrianirina, a joué un bon coup sur le jeu politique, reste à savoir quelle sera la suite sur les thèmes évoqués ci-dessus. Il désigne un Premier ministre sur lequel il n’y a pas de suspicion de liens avec Rajoelina et ses forongony. Cela était le cas avec Herintsalama Rajaonarivelo, ce qui l’a empêché dès le départ d’avoir une légitimité devant les mpitolona, par ailleurs amnésiques quant au passé orange de nombreux hiérarques du pouvoir actuel avant qu’ils ne retournent leurs vestes. Le nouveau PM, ancien officier de ce corps, permet également de faire une fleur à la gendarmerie, après les tensions générées par les répressions de septembre et octobre. Enfin, on se félicite également que le PRRM ait résisté à l’ambition prétentieuse de Fanirisoa Ernaivo de se faire désigner pour le seza de Mahazoarivo.

Maintenant, la question à mille balles : la Gen Z a-t-elle été consultée, ou bien faut-il qu’elle s’habitue à voir son avis au rang des quantités négligeables, après que les politiciens l’aient utilisé comme un kleenex à usage unique ?

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3 commentaires

Vos commentaires

  • 16 mars à 08:59 | RATOVO (#10503)

    L’attente de la population a accouché d’un souris au sens littéral ! l’ENA en France qu’on vante pour son cursus n’est plus un vivier pour les hauts emplois de l’état et sa suppression comme un " serpent de mer " face à l’élitisme à la Française .
    Surtout pas celui là donc ! Il n’est nullement " the right man in the right place " . Sa nomination en conseil de ministres par Rainilainga deux fois auprès d’un comité ad hoc avec trois candidatures signifie qu’il n’est pas loin d’être un " forongony " ! Son bilan au sein du Samifin est médiocre , sans résultats palpables et probants avec cette institution budgétivore et inutile .Rien que des récitations de chiffres pour noyer le poisson et des " soupçons " de blanchiments de capitaux BC d’’un montant de 3340 milliards d’ariary en 2023 . Les termes de détection exigés par les bailleurs de fonds avec le financement du terrorisme FT rapport BC/FT n’ont jamais atteint la note 40/40 en conformité internationale car parlant uniquement de " risques " . Son Task force en fin de mandat prévoyait 5730 milliards d’ariary pour les blanchiments sans réelle concrétisation . Pierre Bleue Ravatomanga incarcéré à Maurice et les Karana comme HIRIDJEE ou AKBARALY décrits dans Panama papers n’ont jamais été inquiétés . Ses accrochages verbaux en 2009 durant la transition avec le général Baomba actuellement au cachot à Imerintsiatosika ou sa démission du Bianco de Tuléar ne sont que des poudres aux yeux pour faire bonne conscience et appâter l’opinion . Au final c’est un directeur du service des renseignements financiers qui n’a pas fait son boulot . C’est une nomination de l’ethnisme ,du corporatisme et du copinage de promotion .Un début de militarisation rampante de la refondation se profile à l’horizon avec ce profil de mi- civil et mi- militaire . La criminalité financière a encore de beaux jours ! Notre pamphlet est une balise et une interpellation sans concession pour rétablir une refondation qui va dans le mur !

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  • 16 mars à 09:51 | Kelyfadada (#11777)

    Désigner un PM militant anti-fraude face à un contexte gangréné par la corruption est logique.
    Aura-t-il le cran de couper le branches pourries jusqu’au sommet ? J’espère que l’inspiration de son col lui rappellera que ce dont notre pays a vraiment besoin, une révolution culturelle, pas cultuelle.

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  • 16 mars à 10:12 | Isandra (#7070)

    La Gen Z a-t-elle été consultée, Demande l’auteure.

    Siteny a déjà répondu, il ne connaît pas ces jeunes.

    Donc, nous savons leur état d’esprit.

    En tout cas, la Gen Z, c’est juste l’accélératrice, le coup d’Etat était déjà préparé depuis plus longtemps que le 25 septembre.

    Répondre

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