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Editorial

Ronds de cuir

jeudi 16 décembre 2010 | Patrick A.

35% des fonctionnaires actuellement en service partiront à la retraite d’ici l’an 2014. Et seulement un peu plus d’un sur deux sera remplacé. Ces deux faits révèlent que la gestion des ressources humaines de l’État demeure un vrai cauchemar.

Pour tout DRH du secteur privé, avoir à gérer des chocs aussi brutaux que simultanés, tant en matière de perte de savoirs et d’expérience que d’obligations en matière de réorganisation serait extrêmement perturbateur et inciterait à jeter l’éponge.

De toute évidence, trop peu a été fait pour anticiper ces évolutions et les amortir. Les nominations en masse d’officiers généraux qui ont eu lieu hier [1] ne sont qu’un indice des difficultés présentes pour l’ensemble de la fonction publique. À cet égard, les « résolutions » des assises militaires de l’année dernière portant sur un recul de l’âge de la retraite des plus hauts gradés apparaissent plutôt contre-productives. Pour ne pas en arriver là, il eusse fallu il y a une trentaine d’années recruter avec davantage de retenue ou provoquer un rajeunissement des effectifs par des incitations à des départs volontaires il y a une quinzaine d’années.

À l’échelle de l’ensemble de la fonction publique, le recrutement, bon an mal an, de 1500 jeunes conscrits par an dans l’armée ne changera pas cette triste réalité : l’on a trop embauché sous les années de socialisme et, obnubilé par les seules questions budgétaires, l’on n’a pas assez fait dans ce domaine sous les années d’ajustement structurel.

Cet aveu d’une pyramide des âges extrêmement déséquilibrée et d’une productivité devant être améliorée ne renforcera pas l’image qu’ont d’eux-mêmes les agents du secteur public, ni la perception qu’en ont les usagers. Victimes d’une indéniable dégradation de leur pouvoir d’achat et de conditions de travail difficiles, les agents du service public en oublient qu’ils demeurent des relatifs privilégiés par rapport à la majorité de la population. Et ils se retrouvent dans une situation schizophrène, partagés entre le souhait d’un traitement égalitaire pour ce qui est des promotions et les revendications multiples de statuts particuliers.

Si les enseignants du SECES revendiquent ainsi une indemnité de recherche de 800.000 ariary, combien d’entre eux peuvent justifier de l’effectivité de l’exercice de cette activité, demanderont bon nombre de leurs étudiants ? Sans même exiger des publications dans de prestigieuses revues internationales, combien sont-ils à faire part de leurs travaux ne serait-ce que sur un blog personnel ?

La résolution des problèmes de la fonction publique est une question de salaire, mais pas seulement. Elle passera entre autres par un recentrage des activités de chaque corps sur sa vocation essentielle. À cet égard, on reste rêveur en constatant que 5 des 29 généraux promus sont... des médecins. Pourront-ils soigner ce grand corps malade ?

Notes

[1ainsi qu’à la même époque de l’année dernière

16 commentaires

Vos commentaires

  • 16 décembre 2010 à 11:55 | maminah (#2788)

    Ben, où sont passés les forumistes ?

    C’est vrai qu’on n’a pas toujours son temps et qu’on essaie de jongler comme on peut et quand on peut. C’est ainsi que j’ai vu tardivement une réflexion, tardive elle aussi, de Cassandre sur l’édito d’hier.

    C’est donc une fois de plus un HS, mais qui donne un certain éclairage sur les interventions particulièrement frénétiques pour ne pas dire violentes, frisant pour certains la perversité assumée.

    Il s’agit en fait d’une théorie datée du XIVe siècle (déjà !), et qu’elle a empruntée au roi Philippe Le bel :

    "Le peuple : quel merveilleux allié . Donnez lui un responsable a ses misères et vous obtiendrez tout ce que vous souhaitez , puis ceci obtenu , vous ne lui devrez plus rien ". A ruminer !

    • 16 décembre 2010 à 12:04 | maminah (#2788) répond à maminah

      Pour dire que la véhémence, d’autant plus incongrue que rien ne la justifie puisqu’ils ont obtenu ce qu’ils voulaient, n’est pas aussi sincère qu’on voudrait nous faire croire. Elle est juste à la mesure de la volonté de légitimer un pouvoir dont ils ont bien conscience de la fragilité.

    • 16 décembre 2010 à 12:04 | Basile RAMAHEFARISOA (#417) répond à maminah

      maminah,

      "NOUS" sommes en période électorale.Alors :

      - QUI OSERAIT-IL PARLER DE PLAN D’AUSTERITE/BUDGET RIGOUREUX ???

      J’ai mes idées depuis longtemps mais quelque fois ,mieux vaut se taire que d’en dire "TROP" qui peut gêner les "AUTRES".

      Je n’ai pas l’âme de fonctionnaire !!!

      Basile RAMAHEFARISOA

      b.ramahefarisoa@gmail.com

    • 16 décembre 2010 à 12:13 | maminah (#2788) répond à Basile RAMAHEFARISOA

      Pourquoi craindre de gêner les autres ? Les autres ne se privent pas de dire leur opinion.

    • 16 décembre 2010 à 18:12 | Basile RAMAHEFARISOA (#417) répond à maminah

      maminah,

      "les autres",beaucoup de personnes.

  • 16 décembre 2010 à 12:07 | Jipo (#4988)

    De l’argent économisé d’un coté,puisque nos systèmes croulent sous la bureaucratie, mais aussi rapidement redistribué à une couche sociale ,loin d’etre necessiteuse,et qui aurait pu etre injectée dans la recherche ou l’éducation,plus constructif pour la nation.
    Les priorités pour le pays,se dissipent moramora mais eloquemment.Le "wait"agonise et le "see"en gestation.

    • 16 décembre 2010 à 12:21 | maminah (#2788) répond à Jipo

      On fait comme on peut pour assurer ses arrières.

      Ce pouvoir est totalement irresponsable, qui fait passer la cerise avant le gâteau, et le gâteau avant le kapoaka de riz, mâtiné d’un petit tip-top de tsena mora circonstanciel. Le réveil sera d’autant plus cruel.

    • 16 décembre 2010 à 13:59 | Mihaino (#1437) répond à Jipo

      D’accord avec vos réactions Jipo depuis que je vous lis dans diverses colonnes. J’aime surtout vos remarques subtiles et vos propositions concrètes , réalisables voire réalistes...

      Par contre, soyons patients et pérséverants dans la vie car le "wait" n’agonise pas encore et le "see" en observation continue et non en gestation...LES FRUITS SERONT MURS TOT ou TARD ?!....

      Enfin, toutes ces étoiles filantes et scintillantes en cette fête de NOEL 2010, décorent le sapin , représentent à mon avis un tape- à-l’oeil et un énorme deficit budgétaire à moyen & long termes . Nos généraux promus seront-ils vraiment productifs économiquement, militairement,socialement.... ???

      Wait and see ....

  • 16 décembre 2010 à 14:58 | che taranaka (#99)

    Nos généraux promus seront-ils vraiment productifs économiquement, militairement,socialement..(Mihaino)

    Si tel était le cas l’Amiral rouge entouré de ses généraux et amiraux aurait fait de Madagascar le pays le plus riche de l’Océan Indien..malheureusement ils étaient tous en train de se souler la gueule..et celà a permis à l’Amiral de se remplir les poches car les quelques rebelles il les a envoyés en case prison...!

    Mais tel n’est toujours pas le cas...élèves officiers recrutés plutôt pour respecter les quotas ethniques de l’an révolosionera ;rares sont capables de lire un bilan de société ce qui rend difficile la reconversion....Hoan’ny tanindrazana est déjà un devise qu’ils ont du mal à respecter !

    • 16 décembre 2010 à 18:39 | Basile RAMAHEFARISOA (#417) répond à che taranaka

      che taranaka :

      - votre remarque me touche vraiment.

      - "élèves officiers recrutés plutôt pour respecter les quotas ethniques de l’an révolosionera ;rares sont capables de lire un bilan de société ce qui rend la reconversion difficile" ;

      N’allez pas trop loin dans le dénigrement de nos élèves officiers Malgaches.

      Même en classe de troisième commerciale,on peut commencer à lire un bilan de société mais à l’interpréter c’est autre "CHOSE".

      Il y a beaucoup de personnes qui savent lire et interpréter un bilan,elles mènent leur PAYS dans le "GOUFFRE".

      En tout,cher taranaka, la "reconversion" s’accompagne.Par expérience, les reconversions des militaires sont "bénéfiques" pour un PAYS.

      Bien sûr,en FRANCE,les polytechniciens (statut militaire) sont les numéros 1,en tout.Beaucoup de capitaines sont intégrés dans le cadre "INGENIEUR",etc.....

      Dans les industries de pointe,il y a beaucoup de militaires reconvertis....

  • 16 décembre 2010 à 15:55 | da fily (#2745)

    Tiens le sujet qui fâche (un autre) sur la gestion des affaires et des hommes.

    L’administration locale ! un poême de Victor HUGO n’en viendrait pas à bout. Entre les arcanes volontairement floues et obscures et les fonctionnaires si peu concernés par leur travail, il vaut mieux y avoir affaire le moins possible. A moins qu’il y ait un petit billet, ou plusieurs qui vous feront passer pour le VIP attendu, ce n’est plus pitoyable, ça relève du miracle que "ça" tienne encore. J’aurais des exemples à foison pour alimenter le débat qui sera coloré, mais bon, n’accablons pas ce monolithique machin que nous a légué le colon, expert en la matière.

    Le rond de cuir peut devenir cuistre, voir grossier personnage quand il "sent" qu’il sera la cheville ouvrière principale et incontournable que vous sollicitez. Il ne sert à rien de se le mettre à dos si d’aventure les choses traîneraient(par exemple pour un délai rapide, une signature, un certificat, ou pire refuser de cracher au bassinet), il vous fera sentir que tout chefaillon qu’il est, votre pillule ne passera pas sans son feu vert ! Arrghhh !! Il est le maillon de tout un chapelet de ronds de cuir sclérosés, myopes et obtus qui forment systématiquement une forteresse dissuasive contre toute bonne volonté, ou le bon sens n’a pas droit de cité.

    Tiens parlons de notre armée, notre ribambelle d’huiles et de récents nommés, qu’apporte-t-elle au pays ? Quand on voit des traîne-cou.illons aux abords des casernes, les têtes nues et les raybans vissées jusqu’aux orbites reluquant les collégiennes ou les passantes, se prenant de surcroît pour les nouveaux décideurs politiques, on est en droit d’avoir des réticences à admettre leur utilité et leur raison d’être. Ailleurs, le sieur Ravalomanana Richard récemment nommé peut nous en dire autant, ses actions de chocs lui ont évité de végéter à son grade de colonel. Je ne peux que m’incliner devant une promotion aussi rondement menée, mais on savait qu’il allait vite en besogne.

  • 16 décembre 2010 à 16:25 | nandrianina1 (#1939)

    Les réserves de Tsimiroro sont estimées à environ 1 milliard de barils de pétrole. Elles ne sont pas les seules de l’île africaine, qui contient au moins un autre gisement de pétrole non conventionnel, encore plus grand : Bemolanga, qui pourrait lui produire jusqu’à 1,2 milliard de barils. Il est opéré par le français Total, qui en possède 60% - achetés pour 100 millions de dollars, ce qui donne une idée de sa valeur commerciale potentielle (voir ici le rapport d’activité 2009 du pétrolier). Les opérations de forage de Bemolonga ont démarré en juillet 2009.

    La mise en route du processus qui pourrait à terme permettre l’exploitation des sables bitumineux malgaches soulève plusieurs questions : écologiques bien sûr (empreinte carbone et coûts pour la biodiversité locale), mais aussi politiques (le gouvernement actuel a pris le pouvoir par un coup d’Etat), et économiques. Car les conditions commerciales et financières accordées par Madagascar aux sociétés pétrolières leur sont exceptionnellement favorables : pendant dix ans, elles toucheront 99% des recettes tirées de la vente de l’or noir extrait des sables, l’Etat ne touchant que 1% (voir à ce sujet un article du Guardian).

    http://www.mediapart.fr/club/blog/jade-lindgaard/141210/total-et-l-or-sale-de-madagascar

    • 16 décembre 2010 à 17:32 | da fily (#2745) répond à nandrianina1

      Le sable bitumineux est plus coûteux encore à extraire, les canadiens et les autsraliens sont passés expert en la matière. J’ai rencontré des canadiens forant ( hors contexte professionnel) du côté du sud, c’est vrai qu’ils avaient l’air confiant dans leur job, ils me disaient qu’ils seraient effectivement là pour un moment.

      Mais quand même : 1% du chiffre, la pillule a du mal à passer...même si on sait que les accords pétroliers sont souvent apparentés à des marchés de dupes, on ne peut s’empêcher à la foire d’empoigne et à la violence que ça génère dans des pays comme le Nigéria. Ne parlons même pas du volet écologique, ceux qui ont vu ce que laisse comme addition les extractions pétrolières, sauront de quoi il est question : apocalyptique équation irrésolvable.

      Et si c’était justement ces grandes sociétés qui se cachaient dérrière l’organisation de notre fatras ? A qui profite le crime a-t-on l’habitude de demander, si rien n’est encore avancé en ce sens, on saura d’ici peu qui sont les pricipales entités qui tiennent vraiment les manettes. Alors que Total soit parmi les principaux bénéficiaires, ce n’est qu’une compagnie comme une autre, non ?

    • 16 décembre 2010 à 18:43 | Basile RAMAHEFARISOA (#417) répond à nandrianina1

      nandrianiana1,

      j’ai lu médiapart,

      pouvez-vous me résumer votre réflexion après lecture de médiapart !!

    • 16 décembre 2010 à 20:27 | maminah (#2788) répond à da fily

      Ce post enfonce le clou de l’ouvrage que vous a conseillé jipo, hier.

      Ce scénario n’est pas du tout improbable : nos dirigeants ne seraient que les pions d’intérêts privés qui nous dépassent. Nous serions si peu de choses, et nos soubresauts, des gesticulations inutiles...

  • 16 décembre 2010 à 20:32 | Mihaino (#1437)

    Patrick.A a voulu laisser un message pour nous tous dans son edito de ce jour intitulé "Ronds de cuir" et franchement, après lecture de diverses réactions, certain(es) sont HS à mon avis !!!!

    Je voudrais juste dire qu’"un antoko politika, tel que nous le constatons à l’oeuvre, est facilement porté à briguer sans partage le levier de commande dans la direction et les décisions des " Raharaham-pirenena", ce qui est clairement contraire à l’esprit et à l’exigence de la vraie démocratie ( cf La voie malgache de André Randriantsalama, Humanisme et progrès, page 150 ).

    Wait and see ...

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