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vendredi 4 septembre 2026
Antananarivo | 09h27
 

Société

Qui éduque nos enfants ?

vendredi 4 septembre | Ndimby A., Patrick A. |  1 visite 

Lorsque l’on se réfère à l’éducation comme mode de transmission de valeurs et de principes de vie, une question se pose avec acuité dans un contexte marqué par le récent meurtre de Stéphanie et Haingotiana, jeunes filles assassinées dans des circonstances tragiques par une bande de jeunes voyous sous l’emprise de stupéfiants : « Qui éduque nos enfants ? ».

À cette question, la réponse naturelle serait : les parents. Toutefois, ceux-ci sont loin d’être les seuls impliqués dans l’éducation qui forge peu à peu un être humain. Pour preuve, des enfants d’une même fratrie peuvent prendre des chemins tout à fait différents, que ce soit en termes de centres d’intérêt ou de comportement. Enseignants, camarades, amis, famille élargie, communauté, fréquentations dans les milieux sportifs, culturels et cultuels élargissent l’éventail des modèles qui forgent la mentalité de chaque enfant et adolescent. Dans cet enchevêtrement d’influences, quelle est la part imputable aux parents ?

Comment ces garçons en sont-ils venus à essayer la drogue, jusqu’à développer une dépendance ? Comment en sont-ils arrivés à ne plus faire la distinction entre le bien et le mal, jusqu’à devenir des meurtriers de sang-froid ? Ce drame invite par ailleurs à s’interroger sur l’éducation des jeunes à percevoir les dangers et à faire des choix qui les en protègent, sans que cette interrogation ne puisse en aucune manière déplacer la responsabilité des auteurs vers les victimes.

L’esprit de rébellion et l’ouverture à l’innovation et à l’expérimentation qui sont inhérentes à la jeunesse accroissent la complexité du sujet. Au fil des décennies, chaque génération d’adolescents a été soupçonnée de dégénérescence et chaque génération de parents a regardé avec suspicion les engouements de ses enfants : musique jazz, rock ou rap, bande dessinée, télévision, jeux vidéos (énumération non exhaustive) ont tour à tour été accusés de dévoyer la jeunesse. Il faut donc savoir prendre un peu de recul et ne pas céder à la panique.

Toutefois, il est indéniable que l’explosion des réseaux sociaux entraîne à la fois une mondialisation et une démultiplication des modèles et normes, pas toujours de façon heureuse. Des tiktokers deviennent des prescripteurs d’opinion, les groupes de K-Pop coréen deviennent des idoles, les grands sportifs ou artistes inspirent des carrières. Mais dans le même temps, les gangs des rues américaines ou des banlieues françaises s’offrent également en modèle à suivre. Autant de références plus ou moins souhaitables auxquelles certains jeunes malgaches peuvent vouloir s’identifier et ressembler. Rien que dans la musique à Madagascar, on ne peut que tomber des nues en entendant certaines paroles de chansons, en visionnant certains clips et en voyant le comportement de certains artistes sur scène. Devant le phénomène, l’opinion publique ne peut que déplorer les dérapages verbaux et comportementaux : « tsy mifanaraka amin’ny soa toavina malagasy ! ». Encore faudrait-il que quelqu’un nous définisse ce fameux soa toavina malagasy qu’on nous sert à toutes les sauces, car l’histoire ancienne et contemporaine regorge d’exemples très discutables et de contradictions. Les modèles répréhensibles ne viennent pas toujours de l’étranger.

De plus, il y a un phénomène qui s’est développé à Madagascar et a fini par pourrir les générations actuelles. Il s’agit du werawera, la frime et l’exhibition de réussite matérielle à travers des photos sur Facebook, Instagram ou Tik Tok : liasses de billets, véhicules de luxe, voyages en classe affaires ou first et séjours dans des hôtels cinq étoiles, etc. Dans un environnement marqué par la pauvreté et la faiblesse du niveau éducatif, l’effet pervers de ce werawera est la promotion d’une logique favorisant la recherche de l’argent facile et de la célébrité rapide, quitte à s’accommoder de petits arrangements avec la loi et la morale. La voie, longue et fastidieuse, de la réussite méritocratique par les études et le travail ne fait plus rêver. Pour ceux que les scrupules n’embarrassent guère, l’implication en politique offre un parcours accéléré. Pour les autres, poses provocatrices, comportements outranciers et propos d’une extrême vulgarité font partie intégrante de la stratégie destinée à susciter le buzz et à accumuler likes et followers.

Une jeunesse sous influence(s)

Ce sont donc ces « influenceurs », au sens large du terme, qui contribuent à l’éducation de nos enfants. Quant au sens restreint qui s’applique aux vendeurs de Tap Tap Send, on se demande avec curiosité ce qu’ils influencent vraiment et dans quelle direction, à part celle de Moscou. Andry Rajoelina est le parfait exemple du modèle pernicieux pour la jeunesse : pas beaucoup d’instruction, encore moins de morale, mais un réel talent pour la communication et la propagande qui a attiré vers lui des centaines de milliers de partisans, jeunes et moins jeunes. C’est cet homme incapable d’une addition simple (13 + 6) qui a tenté de faire croire au monde entier qu’il était un épidémiologiste lors de la crise de la Covid-19, sous les vivats de ses laudateurs malgaches et panafricains. Quel modèle éducatif un tel homme a pu donner ? Malheureusement et jusqu’à preuve du contraire, aucune figure politique d’envergure ne semble actuellement émerger pour redonner espoir en l’avenir et convaincre de sa volonté et capacité à redresser Madagascar.

Il ne faut donc pas attendre de la classe politique, si classe il y a, un sincère effort pour améliorer l’éducation des générations actuelles et futures, car le déplorable niveau actuel sert plutôt ses intérêts : une population sans sens critique est prédisposée à la servilité. Plus particulièrement depuis 2009, l’éducation politique et citoyenne se fait à coups de distribution d’argent et de cuvettes pour obtenir les « bravos merci ! » qui servent de baromètre, au détriment des indicateurs démocratiques et des élections propres. Quant à l’Église, il y a bien longtemps qu’elle a cessé d’être efficace dans l’éducation de ses ouailles. Lorsque l’on voit la multiplication des lieux de culte, les embouteillages autour des édifices remplis à ras-bord le dimanche et les paroles pleines de ferveur chrétienne des politiciens qui ne dédaignent pas de s’improviser en prédicateurs, on pourrait avoir du mal à comprendre la déliquescence des mœurs citoyennes et politiques dans ce pays en apparence si pieux.

La population est donc laissée à elle-même, et notre jeunesse surnage dans un environnement éducatif peu favorable à son épanouissement. Faut-il alors en conclure qu’elle serait complètement désenchantée et n’aurait plus ni idéal ni sens des valeurs ? Sans doute pas, car les contre-exemples démontrant qu’il n’y a pas que matérialisme et individualisme chez les jeunes ne manquent pas non plus. Ce qui amène à reconnaître et saluer les efforts des enseignants à tous les niveaux, des animateurs communautaires et des membres de la société civile qui tentent tant bien que mal de sauver les meubles. En tout cas, ceux qui ne sont pas que des beaux restes.

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