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Tribune libre

Lettre des lecteurs

« Ni César, ni tribun »

jeudi 6 septembre 2007

« La naissance jadis, mais surtout la fortune des armes sacrent rois ou empereurs et cèlent leur destin. Dorénavant, I’étalage de la fortune consacre l’accession au pouvoir et l’assure. Mais tourne la roue de la fortune et « elle aveugle ceux qu’elle perdra ».

La révolution française entre 1789 et 1792 a dévoré ses enfants. Foules, soldats, nantis et possédants, éreintés des excès révolutionnaires et en butte au traumatisme du régicide qui s’ensuivit, aspirent à l’aube du dix-neuvième siècle à la quête d’un destin. Le Général Bonaparte leur offrant par le sort des armes des victoires militaires et la grandeur de la Patrie, confondant l’Europe par son génie militaire, se sacre en 1800 Empereur des Français devant le Pape : Napoléon Premier.

La fortune des armes l’abandonne en 1814 à Waterloo et la dynastie napoléonienne à la suite des débâcles procédant des défaites militaires de Napoléon III en 1871 face à l’armée prussienne de Bismarck, s’éteint, ouvrant avec les soubressauts d’une nouvelle épisode révolutionnaire de « la Commune de Paris », I’ère du nationalisme exacerbé, Iesquels par leur développement fusionnel préfigurent les types de conflits et tensions politiques mondiaux ultérieurs sur la base desquels opèrent les jeux d’intérets économiques et financiers d’envergure.

La fortune des armes a fait des émules. Sans conquête extérieure, mais forts des victoires acquises sur des adversaires politiques intérieurs par la violence armée, voire la torture, des présidents africains - mais sont-ils les seuls - à l’instar d’un Bokassa, se bâtissent un empire d’opérette sur un fond de misère populaire.

D’autres et ils sont légion, se dénichent une dynastie et préparent leurs rejetons à leur succession qu’avalisent des « élections démocratiques ».

A certaines étapes de leur évolution, particulièrement durant la phase de transition économique et sociale, les sociétés humaines recherchent dans l’autorité politique un gage sécuritaire. Phase de transition plus ou moins longue avec aussi bien le modèle féodal européen que le despotisme oriental : là ; l’exigence sécuritaire est primordiale ; ici la réalisation des immenses travaux d’infrastructures hydrauliques « sous haute intensité de main-d’œuvre » nécessite le ferme contrôle politique et social de la paysannerie et des formes d’encadrement idéologique de la société. Dans l’un comme dans l’autre cas, I’architecture institutionnelle reflète l’idéologie dominante sur la base de relations de personnes dont les rapports de vassalité sont l’une des illustrations. Ces relations de personnes marquent et caractérisent les pratiques politiques.

L’exemple malgache

A l’exemple de Madagascar, elles allèrent jusqu’à la sublimation. Le président Philibert Tsiranana fut qualifié de « Père de l’lndépendance ». Le Colonel Richard Ratsimandrava devint l’icône du « Fokonolona ».

Se gratifiant du titre honorifique d’Amiral, Monsieur Didier Ratsiraka voulut être « un éminent et respecté dirigeant ». Le Professeur Albert Zafy, sans doute de bonne foi, est statufié comme « Père de la Démocratie ».

Et si en catamini, le Général Gabriel Ramanantsoa rapatria vers « le centre » tous les instruments financiers de l’exercice du pouvoir, opération accentuée sans vergogne par Monsieur Marc Ravalomanana, provoquant l’extrême marginalisation des provinces périphériques, tous les deux fondent leur notoriété sur la mission messianique du retour à la « situation ante ». La société malgache se trouve dans une phase de transition. Les premiers magistrats de l’Etat, les uns autant que les autres, perdent de vue la valeur de leur magistère. Piliers de l’édifice étatique, ils se devraient être le mentor des actions gouvernementales, au lieu et place desquels ils s’investissent du « Hasina » que ni le verdict des urnes, si faussés fussent-ils, ni la cérémonie d’investiture ne le leur confèrent. La théorie de « la souverahineté populaire » est inscrite dans les iréalités de la fiction électorale qui y ramène « le Hasina », lequel fonde comme postulat la non subrogation, car autrement la théorie serait en porte à faux avec le principe universel des Droits de l’homme.

Les potentialités qu’inclue la théorie ont pour corollaire le développement du libre jeu de la concurrence entre les formations sociales dans l’optique d’une économie ouverte contrairement à celles qui subsistent dans le contexte d’une économie rentière où le contrôle de la répartition du produit des richesses du sol et du sous-sol puisque ne degageant que de faibles valeurs ajoutées, appelle en conséquence au renforcement d’un appareil et arsenal bureaucratiques et répressifs hypertrophiés, pérennisés par une autorité tyrannique avec la montée en puissance de la caste militaire et policière. Avec l’économie rentière, Ies retards technologiques et le faible niveau de la formation capitalistique sont en phase avec l’accumulation primitive, en sorte qu’elle trouve avec les « césar et les tribuns » son expression institutionnelle, ce qui ne serait plus le cas dans les perspectives de l’économie ouverte fondée sur le développement des échanges et la vigueur du marché".

Antananarivo, 4 septembre 2007

Samuel Ralaidovy
Coordonnateur national AREMA

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