Bienvenue, ami du samedi. Pour sa cinquième consultation hebdomadaire, notre cabinet ausculte aujourd’hui un patient qui refuse obstinément toute guérison : celui
atteint du masobe tsy mahita.
Il existe en plusieurs versions, sous plusieurs formats, et en de multiples déclinaisons dans de nombreux domaines.
Un trait commun les réunit.
Ils ont adopté le slogan des fameux singes de la sagesse.
Je ne vois rien.
Je n’entends rien.
Je ne dis rien.
Prenons l’exemple du milieu judiciaire.
On a appris il y a quelques jours que c’est une enquête de policiers américains qui a permis de démanteler un réseau de cybercriminels chinois opérant à Madagascar.
Les enquêteurs malgaches n’ont rien vu. Masobe tsy nahita.
Il a fallu des juges mauriciens pour mettre en lumière les magouilles du « PDG ».
Les enquêteurs malgaches n’ont rien vu. Masobe tsy nahita.
Il a fallu des juges britanniques pour oser s’attaquer à un acte de corruption perpétré par la directrice de cabinet du président de la République de l’époque.
Les enquêteurs malgaches n’ont rien vu. Masobe tsy nahita.
Comment peut-on expliquer cela ? Qu’est-ce qui a rendu ces magistrats, gendarmes et policiers sourds, aveugles et muets ?
En d’autres mots, qu’est-ce qui a transformé leurs yeux grands ouverts en masobe tsy mahita ?
Leurs oreilles décollées en sofinabe tsy mandre ?
Leurs grandes gueules en vavabe mikombona ?
Carriérisme - Corruption - Intimidation - Intérêt - Incompétence ?
Rayez la mention inutile.
Dans certains cas extrêmes, « Je ne vois rien » se résume en « Je ne vaux rien ». Car quand une institution n’ose pas ou ne veut pas jouer son rôle, alors elle devient inutile.
« i » comme indépendance.
Qu’en a fait le Bianco, le Bureau indépendant anticoruption ?
Qu’en a fait la Ceni, la Commission Electorale Nationale Indépendante ?
Et même sans « i », on pourrait parler du Pac. Du Samfin. De l’IGE. Etc.
« Azo raisina fa tsy mitombona » nous chante la HCC devant les requêtes électorales.
« Tsy quoi » a sans doute dû dire Rajoelina à ses deux anciens ministres corrompus et recyclés en députés.
« Avohay ny porofo » fanfaronnait Mamy Ravatomanga quand les journalistes qu’il payait pour lui poser la question lui demandaient sa version sur son image sulfureuse.
Pourquoi Mamy Ravatomanga a-t-il toujours bénéficié de l’indulgence complice de la Justice malgache quand il était encore à Madagascar ?
Et maintenant, cette même Justice malgache s’agite pour prétendre prendre l’affaire au sérieux et vouloir le pourchasser. Laugh Out Loudly.
Imaginons un instant que la Justice mauricienne soit atteinte d’amnésie sur le cas Carlos Ghosn et accepte de le transférer à Antananarivo.
Combien d’heures ou de jours suffira-t-il pour que le réseau des masobe tsy mahita se réactive ? Même Raïssa Razaivola, dont la fortune est bien moindre par rapport à celle de Ravatomanga, avait su miraculeusement trouver un « arrangement » pour sortir de prison et s’afficher aux côtés d’un membre du gouvernement de la Refondation. Au vu et au de tous. Sans honte et sans scrupules.
Il est vrai que nos vaillants enquêteurs sont surtout occupés à fomenter des accusations d’atteinte à la sûreté de l’État. On ne va donc pas s’attendre à les voir ouvrir les masobe dans tous les domaines.
Le masobe tsy mahita est une maladie dont la guérison est miraculeuse.
Les Masobe tsy mahita de l’ère Rajoelina ont tout à coup ouvert les yeux après sa fuite en exil pour découvrir les avanies de lui et de son clan. Certains de ses députés se sont même précipités la queue entre les jambes pour rejoindre le camp du vainqueur du moment.
On parle seulement de queue, car les testicules, qui en sont en principe l’attribut, ne sont réservés qu’aux hommes qui ont du courage.
Tant qu’on y est…
On espère donc que les handicapés visuels du système judiciaire malgache de l’époque de Rajoelina sont maintenant guéris. À moins que la maladie du masobe tsy mahita ne soit contagieuse et se soit maintenant répandue au bénéfice du pouvoir actuel.
Si tel était le cas, la tisane de la Refondation aurait alors autant d’efficacité que le CVO.
Enfin, il faut souligner que la maladie du masobe tsy mahita contamine également les simples citoyens.
Les symptômes sont un solelakisme sans limites.
On ne voit pas les dérapages.
On n’entend pas les bêtises.
On ne se préoccupe pas des mensonges.
Mais on applaudit.
On dit bravo.
On s’assied sur sa dignité.
On fait fi de sa lucidité.
Et on accuse ceux qui tentent d’utiliser leur cerveau d’être des « mpamendrofendro ».
Comme si seuls les masobe tsy mahita et les kabeso tsisy betro méritaient d’être considérés comme patriotes.
Consultation terminée. Ordonnance délivrée gratuitement, mais sans illusion sur les maladies incurables.
Ainsi parle le folisophe du ça me dit. Qui va prendre une pause dans ses consultations hebdomadaires, avant de vous retrouver un de ces samedi. Ou pas.
-----





