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Editorial

Désuète ou complètement d’actualité ?

mardi 28 juin 2011 | Patrick A.

Gisèle Rabesahala est décédée hier 27 juin 2011 à l’âge de 82 ans, et quelques personnes au sein de la jeune génération demanderont peut-être : qui c’était ?

Les années ont effectivement passé, et il serait assez facile de passer à côté d’une personnalité comme la sienne. Le marxisme léninisme dans lequel elle a baigné semble aujourd’hui rétro et suranné. Et le nom du ministère qu’elle a détenu de manière continue pendant 14 ans passe désormais pour le comble du kitsch : ministère de l’Art et de la Culture révolutionnaire.

Il ne faut pas trop s’y tromper. Si ce type de portefeuille ministériel est traditionnellement désargenté, et si Gisèle Rabesahala y débarqua sans grande expérience de l’Administration, il n’empêche que c’est à elle que l’on doit la reconstruction du palais d’Andafiavaratra. Elle eut l’élégance de n’en tirer aucune vanité personnelle [1], se félicitant seulement qu’un tel lieu d’histoire ait été à nouveau ouvert aux visiteurs malgaches et étrangers.

Andafiavaratra, ce fut aussi le lieu du procès en 1948 des dirigeants et parlementaires du MDRM. Toute jeune fille de 19 ans, Gisèle Rabesahala fut la seule personne qui accepta d’être la secrétaire du groupe d’avocats qui assurèrent la défense de ces parlementaires. L’opération n’était certainement pas sans risques. Un de ces avocats, Maître Douzon, fut ainsi enlevé par un groupe de colons à Diego-Suarez et laissé pour mort dans des broussailles. Sauvé de justesse, il en garda des séquelles toute sa vie.

Force est de reconnaître qu’il en aurait fallu beaucoup pour impressionner une Gisèle Rabesahala, qui peut aujourd’hui être regardée comme un modèle de patriotisme et de militantisme. Dès qu’elle eut l’âge de la majorité légale (21 ans) en 1950, elle fut la fondatrice du Comité de Solidarité de Madagascar (Fifanampiana Malagasy). Il y avait là pour elle un moyen de maintenir des liens avec les emprisonnés qui demandaient vêtements, vivres, médicaments et nouvelles de leurs familles.

Gisèle Rabesahala se chargeait à la fois de la correspondance avec les prisonniers politiques et de l’envoi des colis. Mais au delà de l’objectif humanitaire, l’existence du Comité lui servit de moyen pour dénoncer l’horreur de la répression et des conditions de détention, faire face à l’iniquité des procès, et réaliser l’unité nationale autour du thème de l’amnistie générale pour les personnes condamnées à la suite de la révolte. Il n’est pas anodin de rappeler que les condamnations à mort et exécutions continuèrent jusqu’en 1954, soit 7 ans après le déclenchement des événements...

L’on ne peut réaliser l’exemplarité du courage de Gisèle Rabesahala qu’en comprenant la virulence du sentiment anti-communiste qui régnait au sein des administrations successives de l’époque. Qui plus est, elle était femme se piquant de s’intéresser à la politique, et de plus célibataire : quolibets et plaisanteries d’un goût douteux ne pouvaient que pleuvoir sur elle. Madimoazela Be resta fidèle à ses convictions, et à ce titre, l’on est en droit de la considérer comme membre d’une espèce rare et précieuse.

En passant dans le quartier d’Ampandrana, l’on peut constater à l’affluence qui continue à se presser au siège du Fifanampiana Malagasy que, 61 années après, celui-ci est resté actif et utile. Chapeau donc à une grande dame, pour laquelle il n’est pas complètement anecdotique de signaler qu’elle a passé une partie de son enfance en garnison en Tunisie et qu’elle est décédée peu après la révolution dite de Jasmin. Comme pour nous rappeler qu’au délà des idéologies, le slogan « Ho tonga anie ny Fahafahana ! » [2] reste plus que jamais d’actualité.

Notes

[1L’inauguration du palais rénové prévue en 1991 n’a d’ailleurs pu se faire pour cause d’évènements politiques.

[2« Que vienne la liberté ! »

5 commentaires

Vos commentaires

  • 28 juin 2011 à 09:56 | râleur (#3702)

    une grande dame en effet et qui a toujours mérité le respect.

    paix à son âme.

  • 28 juin 2011 à 10:22 | hafatra (#1895)

    Indray andro angamba hisy tsangam-bato natokana ho anao.....

    Indray andro angamba hisy hanohy ny tolona nataonao....

    Indray andro angamba , any an-tsekoly any ,hisy laza adin’ny tantara apetraka amin’ny taranaka mandimby ...

    Indray andro angamba ho tonga ny TENA fahafahana......

    Mandria am-piadanana

  • 28 juin 2011 à 12:05 | da fily (#2745)

    Paix à son âme,

    merci pour le petit historique qui établit le parcours de cette dame, car à part ministre et CSR, on ne se souviens plus des masses de ce qu’elle fut vraiment. Une contemporaine de Radidy en moins, les dinosaures s’éteignent les uns après les autres.

    Je palerai juste de la culture, parent plus que pauvre du régime Radidy en ces temps troubles et sombres, où certainement les convictions rouges de feue Rabesahala étaient en totale adéquation avec les vélléités marxistes de l’amiral et nous formataient à la culture de masse pour notre bien of course, en fait à l’absence de culture tout simplement. Souvenons-nous des mitabes, ensembles colorés à la stricte application pour une animation géante : spécialité asiatique nous inculquant les bases de la discipline : la quintescence de l’individu au service du TOUT.

    Les films soviétiques de l’époque, aux messages populistes, à la morale populaire, à la gloire de l’internationale prolétaire, trouvant l’unique exaltation dans l’accomplissement du devoir pour la cause commune ! (ah, la perspéctive d’immigrer dans un sovkhoze au fin fond de l’Oural pour parfaire son dévouement à la patrie !) Ces mêmes films tentant de nous détourner des westerns spaghettis et de la production française ou américaine impérialistes de l’époque, relatant pour la plupart les exploits de l’armée rouge contre la Wehrmacht ou les bons contre les méchants.

    La culture pop’ de l’époque c’était aussi les importations massives de tous produits Made in RPC ou de Corée DU Nord, de la camelote en toc massif dont ne voudrait même pas le plus réfractaire des anti-capitaliste ! Le cirque chinois et ses fabuleux acrobates, les études en Roumanie, URSS, Cuba, Tchécoslovaquie ou Yougoslavie pour certains...

    Je dirais que c’est une ère qui s’éteint également avec la disparition de cette dame, dont aujourd’hui je ne partage pas ses convictions de l’époque, mais que je respecte pour ne jamais avoir dévié de ce qu’elle en quoi elle croyait.

  • 28 juin 2011 à 22:35 | niry (#210)

    Magnifique, Patrick. Très bel hommage ! C’était vraiment une grande dame. Qu’elle repose en paix.

  • 29 juin 2011 à 07:08 | ikoto (#4912)

    Je ne l’ai pas connue personnellement mais j’ai toujours aperçu son ombre. Chose que Patrick a omis, son engagement politique à travers l’AKFM, personne n’est prêt d’oublier le fameux tandem ANDRIAMANJATO-RABESAHALA, la dissidence d’Andriamanjato en1989, sentant les craquements (souvent inaudibles pour les non initiés) du Stalinisme, il a abandonné sa compagne de lutte de plus de 30 ans. La Dame Rabesahala était restée égale à elle-même !

    Une génération de politiciens est en train de disparaître, dommage qu’aucun chercheur ne semble intéressé à cette facette de notre histoire

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