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Tribune libre

Mondialisation et dépérissement de l’Etat

De l’Etat-Providence à l’Etat-firme

vendredi 27 juin 2014

Face aux sévères exigences de la Troïka, Razafisambatra Louis De Mon Désir défend le président de la République Hery Rajaonarimampianina.
N’oublions pas que pour réaliser le bon déroulement de l’élection présidentielle, la Communauté internationale a disqualifié sans état d’âme certains candidats.Par la suite, cette dernière a reconnu officiellement le Pouvoir du Président Hery Rajaonarimampianina. Mais paradoxalement, elle pose impérativement et unilatéralement comme conditions sinequanone de l’obtention du décaissement : la bonne gouvernance, la lutte anticorruption, la répartition équitable des richesses, etc. ; mais finalement, dans quelle Crise veut-elle encore mener notre pays ; avec le respect que je lui dois, il faut qu’elle fasse un minimum d’effort pour se rendre à l’évidence, c’est-à-dire le régime du Président Hery Rajaonarimampiana n’existe que depuis cinq mois ; de même, la précarité actuelle du peuple malgache est la conséquence du laxisme et de mauvaises pratiques politiques depuis trois décennies (trente ans)
Surtout, il n’est quand même pas humiliant et déraisonnable pour les bailleurs de fond internationaux de reconnaître qu’une certaine mondialisation de la pauvreté est due aux causes ci-après :
- le concept de bonne gouvernance est instrumentalisé de façon que l’Etat soit réduit obligatoirement à un Etat minimal, donc non doté de réels pouvoirs ;
- la mondialisation des flux de capitaux fait l’objet d’un simple constat, qui fait fi de l’évaluation des conséquences socioéconomiques du sens uniques de ces flux et de leur concentration sur un nombre restreint de sites échappant à l’emprise des pays pauvres ;
- la souveraineté de ces derniers en matière d’options politiques et économiques relève dans une large mesure de l’imaginaire ;
- le néolibéralisme est le seul détenteur de l’objectivité scientifique requise, alors que la priorisation du droit au développement (en tant que vraie défense du droit fondamental des hommes et des peuples) est quasi déclassée dans le rang d’un engagement idéologique, irréaliste et d’un archaïsme « tiers mondiste » datant des années soixante dix ;
- le paradoxe flagrant se fait remarquer par la critique systématique du déficit démocratique dans les Etats du Sud en raison du caractère insuffisamment représentatif de leurs autorités publiques, alors qu’il est admis que leur politique financière satisfaisant aux ajustements structurels imposés exprime leur volonté souveraine ;
- cette position contradictoire traduit en réalité l’indifférence relative vis-à-vis de la question démocratique du moment qu’il y ait ouverture du marché dans des conditions « acceptables » pour les grands actionnaires internationaux ;
- les politiques économiques et financières suivies par les Etats du Sud sont le résultat du silence imposé aux autorités locales soumises aux rapports de force internationaux
- il n’y a jamais un consensus sur un type de développement ; il n’existe qu’une prise en compte pragmatique d’une domination globale dont certains espèrent tirer une dépendance confortable ;
- en réalité, on assiste à une confrontation à l’échelle planétaire entre des logiques contradictoires, exprimant des intérêts divergents (ceux des pouvoirs privés et publics dominants), fondamentalement indifférents voire hostiles, et ceux des populations du Sud, sauf quelque rares pays émergents et groupes privilégiés ;
- ce conflit est aggravé par d’autres contentieux, tels les phénomènes identitaires, souvent entretenus de l’extérieur par ceux qui y ont intérêt et qui majorent leur importance au détriment des questions de développement ;
- malheureusement, ceux-ci inclurent l’accueil et la protection de l’investissement international dans le concept de « bonne gouvernance qui, de par les pressions internationales, doit s’identifier coûte que coûte à un Etat minimal s’ouvrant « démocratiquement » au marché mondial surtout aux marchés financiers ;
- par là même, on est passé de l’Etat- Providence à l’Etat-firme (véritable puissance dans les relations internationales), ainsi que des expériences multilatérales irréalistes et avortées des années soixante dix à l’unilatéralisme des institutions financières ;
- en général, les normes juridiques qui organisent l’investissement international ne peuvent pas être « neutres » ni exprimer un « intérêt général » désincarné ; souvent, il n’est pas là où les besoins les plus pressants se font sentir. Il est parfois même un obstacle au développement ;
- le droit de l’investissement international et le droit au développement dans le cadre de la mondialisation néolibérale, n’obéissent pas à la même logique. Le droit de l’investissement internationale ne prend pas en considération les intérêts de la grande majorité de la population mondiale dont, pourtant les « droits » sont reconnus ;
- la financiarisation des relations internationales ;
- des opérateurs, plus puissants que les Etats régissent la vie économique et financière mondiale en vertu d’un unique critère : l’optimisation du profit ;
- c’est ainsi par exemple que l’Afrique est essentiellement perçue comme un marché dont la pénétration relève de la compétence des firmes et non plus comme une zone d’influence principalement politique ;
- à l’ancienne « politisation » des relations internationales succède une « marchandisation » de l’ensemble de ces relations, qui n’est pas sans entraîner cependant des pratiques renouvelées ;
- si le politique perd sa prééminence relative, il resurgit avec force en tant qu’effet de cette marchandisation, et ainsi à nouveau réagit sur l’économique ; cette dialectique, mais inversée dans ses composantes de la relation économe-politique demeure la clé des contradictions de la société internationale ;
- l’époque est non à l’effacement du principe de souveraineté, mais à la liquidation progressive de celle des petits Etats ; tandis que les Grands tendent à se fondre dans un vaste marché dominant, en constituant une entité plus « souveraine » à l’égard du reste de la société internationale ;
- amputé, l’Etat-Providence n’est presque pas en mesure de développer des politiques publiques conséquentes dans le secteur économique, ce qui compromet gravement ses possibilités de mener des politiques sociales volontaristes ;
- c’est ainsi que même dans les pays industriels, les systèmes de protection Sociale sont remis en cause au nom de l’efficacité » économique ;
-  On oblige l’Etat à être « un grand » communicateur » pour justifier ce découplement du politique d’une part, de l’économique d’autre part ;
-  Les pouvoirs publics sont contraints à se constituer en Etat – Ambulance pour couvrir les trop grands risques que courent les firmes transnationales et pour compenser les dégâts sociaux provoqués par les politiques économique dirigées par les grandes firmes
-  Les orientations économiques globales échappent presque totalement aux pays sous développés privés de capital national ;
-  Pour ne pas être traité d’antimondialiste, je tiens à mettre en escergue que, dans quelques capitales de l Europe, tant de gens sont descendus dans la rue pour s’opposer à la politique d’austérité ;
-  Les secteurs des biens ou des services bénéficiant de l’investissement international, ne coïncident qu’accidentellement aux besoins d’un développement équilibré et durable ;
-  Malgré une « démocratisation officielle », les instances politiques locales tendent à ne plus être responsables devant leur peuple, ne décidant pas largement les axes prioritaires du développement ;
-  On voit apparaître alors dans la société internationale des espaces des peuples « inutiles » au processus de mondialisation : il en est ainsi pour une part considérable de l’Afrique (à quelques exceptions près : Nigéria, Afrique du Sud etc.) qui participe de manière très restreinte aux échanges internationaux. Le résultat est la stagnation de la pauvreté (3 milliards d’hommes ne survivent qu’avec 2 dollars de ressources par jour), au point que la « question de la pauvreté a succédé pour le FMI et la Banque Mondiale au « développement » de plus en plus jugé comme peu accessible.

Avant de terminer, je réitère que je ne suis ni turbo ni retro mondialiste, mais un fervent partisan d’une mondialisation pragmatique, juste et équitable

Pour conclure, la solution n’est pas le retour arbitraire aux conditionnalités opaques des années 1980, dont les bons élèves ont été tous chassés du pouvoir par leur peuple. Il faut assurer ensemble les jalons économiques réalistes d’un nouveau droit mondial communautaire et solidaire.

Le progrès social, lié au plein emploi, doit servir de fondement à la coopération internationale en faisant de la personne humaine la fin première des sociétés nationales et de la société internationale et partant, de la coopération internationale ;
les pays du Nord et du Sud devront retourner aux sources de l’Humanisme où l’Homme doit cesser d’être un loup pour l’homme et devenir une réponse à l’homme afin d’éviter que ne s’instaurent des formes plus subtiles et pernicieuses du Terrorisme, qui, à l’heure, actuelle, menace dangereusement notre monde.

La réconciliation de la Troïka avec tous les gouvernants s’avère un impératif absolu. Elle consistera en une conciliation de l’intérêt de chaque peuple, du Bien Commun et de la mondialisation. Elle incitera le droit de redouter qu’une standardisation généralisée du mode de gestion (ce qu’implique la bonne gouvernance" proposée de l’extérieur) aboutisse à réduire les capacités d’imagination et d’initiatives ajustées à la diversité des situations et nécessaires au développement. Il ne faut pas jeter dans les oubliettes que la vénalité des charges (la corruption) datait du temps de voltaire au 18ème siècle, mais que la fraude et l’évasion fiscales restent d’actualité dans les pays développés.

Bref, je vous convie, non à un patriotisme aveugle, mais à un retournement critique, spécialement salutaire et stimulant, à l’égard de la question du droit et de la mondialisation libérale ; et ceci pour ne pas être embourbé dans les idéaux d’une : « Humanité – Promesse ».

Ne laissez pas seul le Président Hery RAJAONARIMAMPIANINA ; il faut l’aider ; que ses conseillers spéciaux, le Premier Ministre et son entourage, les Ministres sortent leurs répondants politiques en cette conjoncture délicate.

Arrêtez de dormir sur vos lauriers de l’immobilisme, parce que l’histoire nous a appris qu’un Président de la République élu à 99% en Janvier a dû quitter au mois de mai par un mouvement populaire. Ne vous contentez plus des effets d’annonce.

Fait le 22 Juin 2014

RAZAFISAMBATRA Louis De Mon DESIR

2 commentaires

Vos commentaires

  • 27 juin 2014 à 08:36 | elena (#3066)

    Excellente analyse qui donne matière à réflexion, nous avons souvent une vision étriquée de notre pays, il faut le placer dans le contexte mondial, de toutes façons nous y sommes forcés. Le seul souhait c’est que les 22 millions de malgaches ne soient pas laissés sur le bord de la route et que le maximum de la population puisse profiter de la relance économique qui ne devrait plus tarder maintenant.

  • 1er juillet 2014 à 17:48 | taburbain (#8427)

    tout ce qui compte et ce qui devrait être primordial pour les nouvelles autorités est de rendre le sourire à ce peuple malgache tant délaissé et laissé pour compte. La communauté internationale serait prête à être à ses cotés pour l’aider dans sa quête de tranquillité si ce gouvernement lui donne une possibilité visible à tous. L’opposition ne devrait pas aussi rester les bars croisés car l’avenir de ce peuple qu’elle prétend aimer et defendre est entre ses mains aussi Alors vraiment c’est une très bonne analyse.

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