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L’opinion publique démobilisée pour 4 jours
Conjoncture /
vendredi, 27 avril 2012
/ Bill

L’État a décidé que la journée du lundi 30 avril prochain est officiellement déclarée, pont ; elle sera chômée mais payée. Plus d’un s’attendaient déjà à une telle décision mais comme le jour ne figurait pas dans la liste des journées chômées et payées publiée au mois de janvier dernier, beaucoup doutaient de l’effectivité de ce « pont ». D’autant que le secteur privé se dit toujours lésé par une telle décision car elle perturbe ses agendas et plannings et crée des manque-à-gagner en plus des désagréments à l’égard des clients. Mais il faut admettre que les préoccupations du secteur privé et les objectifs et préoccupations des gouvernants décideurs sont différents pour ne pas dire aux antipodes.

À la lecture de l’actualité politique et sociale, on est tenté de croire que ce « pont » n’est pas pour les beaux yeux des travailleurs mais présente davantage des motifs politiques et sécuritaires. En effet, les risques de troubles sont nombreux ces derniers jours et les appels à des rassemblements qui peuvent être source d’accrochages entre manifestants et force de l’ordre multiples. Le message des forces de l’ordre a été très ferme mercredi dernier : elles vont sévir du moment qu’il y a transgression de la loi ou manifestation non autorisée. Et le lendemain, jeudi 26 avril, elles étaient déjà sur le qui-vive.

Un attroupement de quelques individus soutenant Lalatiana Rakotondrazafy et Fidèle Razanapiera de la radio Free.FM (104.2), qui s’étaient présentés à la Gendarmerie de Fiadanana pour y être signifiés des motifs d’une prochaine enquête relative à la plainte de Mamy Ravatomanga à leur encontre, et aussitôt des éléments des forces de l’ordre à bord d’un camion étaient arrivés sur les lieux. Le Commandant de la Circonscription de la Gendarmerie nationale de l’ex-faritany d’Antananarivo a été clair en démontrant la rigueur de la veille sécuritaire : il ne se laissera intimider par quiconque, il n’observera aucune recommandation ou pression de quiconque, il exécute la loi et il ne faut pas le pousser à user des droits et des prérogatives dont il dispose.

Ainsi, même les instituteurs et professeurs de collèges et de lycées membres du syndicat Sempama, habitués à tenir meeting sur la « place des 90 ariary » dans la cour du ministère de l’Education nationale, s’étaient vu ce jeudi 26 avril interdire l’accès à cette cour ; le portail était fermé et le quartier était quadrillé par les forces de l’ordre armées de fusils. Des actions de prévention vraisemblablement mais qui traduisent l’atmosphère socio-politique de l’heure d’une part et d’autre part la fébrilité dans la sphère dirigeante. À noter que les syndicalistes du Sempama comptent poursuivre leur meeting, comme ils l’ont fait ce jeudi, sur les trottoirs bordant le ministère.

Marche sur Ambohijatovo, un risque à éviter

Les journalistes de Free FM avaient en effet déclaré urbi et orbi leur intention d’aller jusqu’à marcher sur la Place de la Démocratie à Ambohijatovo si jamais l’État venait à fermer leur station radio ou s’il leur refuse l’extension du champ d’émission dans les régions. Ils avaient même affirmé qu’ils étaient prêts pour cela, à remettre au goût du jour les différentes étapes et le cheminement qui avaient conduit à la chute de l’ancien régime.

Rappelons que Free FM qui émet sur FM104.2 est accusée par Mamy Ravatomanga de diffamation, d’insulte, d’incitation à la haine, d’affirmations gratuites, de diffusion et propagation de fausses nouvelles après avoir rapporté et commenté des propos de l’ancien ministre de l’Environnement faits en conférence de presse. Le plaignant, en l’occurrence Mamy Ravatomanga trouve que trop c’est trop car, ce ne serait pas la première fois que Free Fm traînait ainsi son nom et son honneur dans la boue sans aucune preuve, portant ainsi préjudice à sa qualité et à sa réputation.

Parallèlement à cette menace de la part de Free FM d’investir le jardin d’Ambohijatovo, les membres du Congrès et du Conseil supérieur de la transition issus de la mouvance Ravalomanana eux aussi prévoient de faire un compte rendu des activités parlementaires et appellent la population d’Antananarivo et les militants de la mouvance Ravalomanana à rejoindre la place de la Démocratie à Ambohijatovo, ce samedi 28 avril. Et ce avec ou sans autorisation, car apparemment de leur point de vue, c’est un devoir de rendre des comptes. Un parlementaire de la mouvance Ravalomanana a précisé qu’une telle initiative n’exigeait pas une demande d’autorisation, une lettre pour information adressée aux autorités de la ville suffisait.

En tout cas, parlementaires de la mouvance Ravalomanana, dirigeants de Free FM et leurs fidèles de auditeurs, partisans également de Avotra ho an’ny Firenena etc, tous n’ont d’yeux ces derniers jours que pour la descente dans la rue ou l’invasion de la place de la Démocratie. Un peu plus en retrait, on notera les résurgences ou la remise sur le tapis d’anciennes promesses non encore concrétisées : le syndicat des enseignants chercheurs (Seces) avait en début de semaine regretté qu’il n’y eut pas de grandes avancées dans ce qui avait été convenu lorsque le Seces avait décidé de reprendre les activités pédagogiques et d’achever l’année universitaire. Ce jeudi 26 avril, le personnel non enseignant de l’université d’Ankatso a observé une grève pour des raisons de non paiement de salaire.

Mercredi 25 avril, le président du syndicat des magistrats (SMM) a rappelé que l’affaire de Toliara qui avait déclenché la grève des magistrats et les résolutions prises à Ivato demeurent encore suspendues et ne peuvent pas se terminer en queue de poisson. Il a cependant reconnu que le SMM ne prendra aucune décision qu’après s’être entretenu avec le président de la transition. Le président du SMM a précisément fait constater que ni la ministre de la Justice, ni le président de la transition n’avaient encore signé ces résolutions qui entérinent l’indépendance du magistrat et le refus de l’Exécutif de faire pression sur la justice.

En d’autres termes, les foyers de tension sont en train de bouillir sur un fond de conflits sociaux et d’insécurité que les forces de l’ordre essayent de maîtriser autant qu’elles peuvent mais sans convaincre les victimes des attaques à main armée et leurs proches. À tel point que le spectre de la justice populaire plane toujours sur les malfaiteurs surpris en flagrant délit dans les quartiers.

Bref, le risque de trouble durant ce weekend se trouve allégé en libérant ou en démobilisant la population et les ménages dès ce vendredi en fin de journée. Les problèmes des indemnités des enseignants du Sempama, des sympathies pour Free FM et de ses « révélations » sur ce qui s’effectue dans l’entourage des dirigeants, et ceux de la mouvance Ravalomanana au sein des institutions et de leurs vécus de la cohabitation, seront au moins reportés à plus tard ou leur acuité dans l’opinion sera réduite. Sûrement que ces quatre jours de démobilisation auront leur effet, n’est-ce pas ?

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