Réagissant à l’actualité politique brûlante de ces derniers jours, Manassé Esoavelomandroso, président national du Leader Fanilo est évasif et cherche à esquiver les questions. Il a fallu lui tirer les vers du nez pour qu’il parle mais en son nom personnel, en tant qu’intellectuel et citoyen mais pas au nom du parti qu’il préside. Il n’a même pas voulu parler en tant que cadre dans l’enseignement supérieur mais en simple gens sensé. Interview.
Bill : Que dites- vous des propositions de quelques entités politiques qui exigent un élargissement de l’effectif du Parlement jusqu’à 600 individus, et comment concevez-vous le nouveau gouvernement réclamé par la feuille de route ?
Manassé Esoavelomandroso : Tout d’abord, je vous demande qui sont ces grands corps de l’État ? Qu’ont-ils fait depuis ces grands corps de l’État ou ces grands commis de l’État et qu’est-ce qui les pousse maintenant à sortir de leur silence ? Quand on sait que c’est dans les administrations publiques (dans les palais de justice, dans les bureaux des faritany, dans les collectivités décentralisées, dans les démembrements des services déconcentrés de l’État) que les usagers, les contribuables et les administrés se font le plus déplumer et se plaignent de la corruption et ce sont là également que les organismes qui luttent contre la corruption enregistrent le plus le phénomène, s’étaient-ils insurgés contre cette pratique, contre ce mal qui gangrène l’Administration ? Et aujourd’hui, ces grands commis de l’État revendiquent des postes dans le gouvernement inclusif et consensuel qui est stipulé dans la feuille de route. Ont-ils estimé qu’il est temps de mettre fin à tout cela et de venir participer au gouvernement pour l’intérêt supérieur de la nation ?
Bill : En tout cas, ces grands corps de l’État sont des techniciens, des cadres et des professionnels dans leur branche respective ; ils veulent en quelque sorte prendre leurs responsabilités au nom de l’intérêt supérieur de la nation. Sachant que le gouvernement devrait être le moins politique possible, car sa mission est d’organiser des élections pour sortir le pays de la crise, ils estiment qu’il est de leur devoir de contribuer et de faire bénéficier cette transition de leurs savoirs et expériences, n’est-ce pas ?
Manassé Esoavelomandroso : OK, je vous suis. Mais dès lors qu’ils veulent absolument apporter leur contribution et leur part de briques pour sauver la nation et épargner les 20 millions de Malgaches, n’est-il pas nécessaires qu’ils traduisent cette réelle volonté et cette foi en ce qu’ils souhaitent par deux sacrifices au nom de leur conviction : d’une part, qu’ils ne perçoivent pas le salaire de ministre et d’autre part qu’ils se privent d’un cabinet pléthorique !
Bill : Que voulez-vous dire ?
Manassé Esoavelomanadroso : En tant que techniciens d’abord, ils n’auront plus besoin de conseillers et d’inspecteurs ou autres chargés de mission car ils sont de la maison et savent tous les rouages et les dédales qui devront faire fonctionner au mieux tout ce qui touche à leur département. Donc qu’ils fassent l’économie de ce cabinet, excepté le service protocole par exemple, pour en faire profiter les enseignants FRAM et les parents désemparés de ne pouvoir instruire leurs enfants. En tant que patriotes et désirant marquer de leur empreinte cette transition qui devra conduire vers le changement, qu’ils inaugurent ce changement en se privant aussi des salaires de ministre et des privilèges ostentatoires. Qu’ils se contentent du salaire du plus haut cadre de la Fonction publique.
Bill : Et vous pensez qu’ils vont accepter tout cela ?
Manassé Esoavelomandroso : Écoutez ! Comment voulez-vous que l’opinion puisse changer d’avis sur les grands corps de l’État et leur accorde confiance si ces grands corps de l’État ne démontrent pas concrètement pas qu’ils aiment à ce point la nation et qu’ils sont prêts à faire une telle économie pour alléger la souffrance des administrés, ne serait-ce que le temps d’une transition ? Faute de quoi, l’administré, le contribuable et le justiciable assimileront ces manifestations d’intérêt des grands corps de l’État à ces acrobaties, verbiages et prises de becs auxquels se livrent les politiciens qui à leurs yeux ne convoitent que des sièges et honneurs. En tout cas, ces politiciens qui suggèrent un Parlement ayant comme effectif quelque 400 ou 600 membres, c’est de la rigolade. C’est se moquer des contribuables et de la communauté internationale. C’est marcher sur la tête des malheureux maîtres FRAM ; c’est tourner le dos à la nation dont le système d’éducation est en train de partir en éclat. C’est tuer carrément et simplement le système de santé. Savez-vous qu’à Befelatànana les étages des immeubles souffrent de pénurie d’eau ? Savez-vous que le peu d’énergie électrique dont bénéficient les districts de nos régions est en train d’être réduit de moitié voire des trois quart et que des hôpitaux, des malades et les quelques opérateurs qui y survivent en sont les victimes de restrictions budgétaires. Bref, avec les économies auxquelles les membres des grands corps de l’État qui seront ministres s’obligeront, la transition pourra marquer d’une pierre blanche l’histoire du pays en soulagent le supplice de la population malgache.
Recueilli par Bill








