À l’annonce du résultat des élections présidentielles françaises, l’Afrique s’est comme mise à jubiler. En ce qui concerne plus particulièrement notre pays, une partie de l’opposition malgache affirme, parfois avec des accents lyriques, son espoir que l’élection de François Hollande apporte un changement dans la crise à Madagascar.
L’on se souvient d’un drapeau malgache agité le 15 avril, à une semaine du premier tour des élections françaises, au beau milieu d’un meeting électoral de François Hollande à Vincennes. Le GTT Île de France avait alors revendiqué cette action en faisant part de son désir de déloger de l’Élysée un Nicolas Sarkozy considéré comme étant un des principaux appuis du putschiste Andry Rajoelina.
Le 6 mai, sur la place de la Bastille, le drapeau malgache n’était pas particulièrement visible, mais il y eut beaucoup d’étendards africains pour fêter la victoire du socialiste, au point qu’une partie de la droite française s’en est émue. Si cela pouvait rassurer les fidèles lecteurs du Figaro, l’on pourrait évoquer avec eux un autre 6 mai, qui se tenait dix ans plus tôt au stade de Mahamasina. Un drapeau allemand avait été particulièrement remarqué à la cérémonie d’investiture de Marc Ravalomanana comme Président de la République, sans que l’opinion malgache n’ait perçu comme une agression cette initiative d’un particulier. Et je me souviens tout autant de drapeaux français dans des manifestations populaires de 1991 ou de 2002, pour protester contre la gestion de la crise malgache par la cellule Afrique de l’Élysée.
Tout ceci n’est pas forcément en rapport avec l’actualité, mais permet de mesurer combien l’idée qu’un changement rue du Faubourg-St-Honoré puisse avoir des impacts rapides sur les bords de l’Ikopa ou du côté des lagunes d’Abidjan est récurrente mais souvent trompeuse. Comme si du jour au lendemain, la France officielle pouvait ne plus écouter les intérêts de ses hommes d’affaires, ou devait acquérir une admirable préscience lui permettant de distinguer à coup sûr les hommes d’affaires français défendant honnêtement leurs intérêts légitimes, de ceux ayant des pratiques borderline et de ceux à tendance mafieuse une fois sortis de leurs frontières d’origine.
Du Mitterand de la Baule au Sarkozy de 2007, nombreux ont été les hommes politiques français à annoncer leur volonté d’en finir avec la Françafrique. La réalité fut souvent tout autre : peut-être pas uniquement par mauvaise volonté, mais aussi parce que, de même qu’il n’y a pas une Afrique mais des Afriques, il n’y a pas une Françafrique mais des Françafriques. Affaiblis ici, les réseaux peuvent se reconstituer ailleurs ou être concurrencés par d’autres. Se voulant apôtres du changement, les ministres de la Coopération Jean Pierre Cot et Jean Marie Bockel avaient ainsi payé fort cher des propos jugés arrogants. Il pouvait effectivement y avoir un manque de subtilité, dans la mesure où l’action de réseaux économiques n’est pas forcément illégale ou illégitime : les entreprises du monde entier veillent à défendre leurs intérêts et demandent à leurs hommes politiques de se comporter en VRP lorsque nécessaire ; la diplomatie française restera forcément confrontée aux mêmes problématiques. Et une Afrique prompte à mettre en avant l’alternative chinoise n’incitera guère Paris à laisser complètement tomber les pratiques actuelles.
Le nouveau président français sera d’autant moins tenté de révolutionner le domaine des relations extérieures que celui-ci ne passionne guère ses concitoyens et fait plutôt consensus au sein de l’Hexagone. Pas plus finalement que sur les questions budgétaires ou de société, François Hollande n’aura beaucoup de degrés de liberté. Au delà de possibles gestes symboles comme un discours de Tunis qui pourrait chercher à effacer celui de Dakar prononcé par son prédécesseur, il lui faudra du temps pour éventuellement imprimer sa marque.
D’ici à ce que celle-ci arrive à Antananarivo, les élections risquent fort de s’être passées... d’autant que, sans forcément convaincre, le discours officiel restera : « nous ne cherchons pas à nous mêler des affaires intérieures malgaches ».








