Chaque jour est une journée mondiale de la liberté de la presse et de la liberté d’expression. C’est pour cette raison que les membres de la rédaction n’ont pas jugé prioritaire, même s’ils auraient pu en avoir envie, de traiter ici de la journée du 3 mai, proclamée par l’ONU comme étant la Journée internationale de la liberté de la presse : cette liberté, nous sommes déjà assez occupés à la pratiquer chaque jour pour savoir que la question est relativement complexe et ne peut se résoudre en une seule journée.
Nous sommes pourtant obligés d’y revenir aujourd’hui. Pour deux raisons : la première, c’est parce que cette journée coïncidait avec le décès de Gabriel Ramananjato, dit Gaby « Basy Vava », du nom du journal qu’il avait fondé en 1967. Journaliste, polémiste, partisan politique ? Il était à la frontière de différents univers et pratiquait un mélange de genres dans lequel toute la profession ne se reconnaissait pas forcément.
Un des principaux points de ressemblance que nous avons cependant avec lui aujourd’hui, c’est que nous mêmes ne sommes pas pleinement reconnus dans la profession. C’est encore par économie de temps, et avec un peu de regret, que nous n’avons pas jugé opportun de déposer auprès du ministère de la Communication des demandes de carte de presse pour les membres de la rédaction de Madagascar-Tribune.com. Puisque les textes actuellement en vigueur sont désuets et ne sont pas très explicites sur la presse électronique, il y avait autant d’avantages que d’inconvénients à réclamer des cartes de presse. Il est clair que vis-à-vis des mauvais coucheurs, le fait d’être un objet d’une nature mal identifiée peu plutôt cumuler les risques juridiques que les protections. Autant donc attendre, sans trop y croire, un nouveau Code de la communication.
La deuxième raison pour laquelle il nous faut parler de la journée du 3 mai, est que c’est celle où le public a appris que la société DTS, propriétaire de la marque Moov, avait intenté un procès à un blogueur pour « propos injurieux et diffamation », suite à des articles publiés au moment des fortes pertubations des connexions Internet au mois de mars dernier. L’audience devrait se tenir ce vendredi 6 mai à huit heures, salle n°2.
Les articles incriminés semblent être ceux intitulés « Moov de merde », « Moov continue à insulter ses clients » et « L’échéance de 48h promise par Moov est épuisée » : le ton en est certes vif. Mais si on essaie d’appliquer le filtre de base qui devrait constituer la règle d’or pour tout journaliste (« Les faits sont sacrés, l’opinion est libre »), on ne voit guère ce que l’on peut reprocher à l’auteur. Les faits relatés sont clairs : Moov, ou plus exactement la société DTS, a eu de gros problèmes techniques, et n’a fourni aucune explication à ses clients, alors même que ses conditions générales de vente prévoyaient qu’elle devait le faire. Quant aux promesses de rétablissement rapide de la situation, elles n’ont pas été réalisées. Pour le reste, il ne s’agissait que d’opinions : qui lit à tête reposée les textes mis en cause comprend qu’à travers ses mots vifs, l’auteur estimait que Moov faisait preuve de malhonnêté intellectuelle, pas de brigandage délibéré. Le public ne voit donc pas trop pourquoi DTS a choisi de dégainer son avocat plutôt que d’envoyer un droit de réponse.
Nous à la rédaction croyons savoir pourquoi. Parce que pour une toute autre affaire, Madagascar-Tribune.com a dû faire face il y a quelques semaines à un procès similaire (procès que nous avons d’ailleurs remporté). En intentant une procédure judiciaire, on peut asphyxier économiquement quelqu’un et décourager les contradicteurs potentiels : même en étant dans son bon droit, les frais d’avocats se comptent très rapidement en millions (d’Ariary, précisons le).
Le 3 mai a été choisi par l’ONU pour célébrer l’anniversaire de la déclaration de Windhoek. L’accent à l’époque était mis sur le pouvoir d’oppression des États. Là aussi, il y a obsolescence des textes. Les faits prouvent aujourd’hui que la capacité de nuisance des pouvoirs économiques sur la légitime liberté d’expression n’est pas moindre.
Voilà pourquoi nous estimons indispensable que les textes évoluent pour que le bon sens continue de prévaloir. Quelqu’un qui s’estime offensé ne devrait pas avoir la possibilité d’intenter directement un procès, comme c’est le cas ici et comme cela a été le cas pour nous. Il devrait être au préalable tenu d’envoyer un courrier recommandé de type « cease and desist », afin que l’organe concerné ait la possibilité d’examiner s’il y a matière à réparation ou non.
En attendant, puisque DTS a choisi ses armes, nous restons confiants en l’issue que donnera la Justice à cette affaire. Foi d’électron encore libre.




