En transition, tous les textes deviennent très relatifs. Si selon les dispositions qui la régissent, la CENIT était tenue de sortir un calendrier électoral dans les 60 jours qui suivaient la nomination de sa présidente, elle a estimé qu’elle avait rempli sa part d’obligations en annonçant un calendrier... de liste électorale. Même si cette interprétation des textes semble arranger tout le monde en repoussant à un peu plus tard les questions qui fâchent, le fait qu’elle provienne d’une institution publique ayant à sa tête une magistrate a franchement de quoi laisser perplexe.
Dans CENIT, la lettre I signifie « indépendante » ; et il semble bien que la lettre C ne veut nullement dire « courage ». En tentant tant bien que mal d’éviter de se poser en arbitre des politiques, la CENIT met en évidence que ceux qui se définissent comme « techniciens » n’ont le plus souvent guère plus de moyens que n’importe quel quidam de contourner une situation de blocage.
Par la même occasion, les événements d’hier remettent à leur juste échelle les espoirs entretenus par certains observateurs de pouvoir mettre en place une transition rénovée dirigée par des techniciens. Le contre-exemple d’hier tend à démontrer que parce que les situations difficiles réclament du courage politique, nous sommes probablement encore condamnés à aller chercher ce courage chez les hommes politiques.
Ceux-ci nous décevront-ils à nouveau ? Aussi bien Andry Rajoelina que Marc Ravalomanana ont récemment déclaré qu’ils étaient ouverts à la négociation. Mais il y a une énorme distance entre l’intention de dialogue lâchée au milieu d’un discours et les concessions effectives, importantes et rapides réclamées par la situation. Dans les prochains jours, il est vraisemblable que l’on entendra à nouveau beaucoup dans les deux camps la célèbre formule : « nous avons déjà fait beaucoup de concessions », afin de demander à leurs champions de ne rien céder. Ceux-ci auront-ils le courage et la force de s’y soustraire ? Malheureusement, il est à craindre que ni Marc Ravalomanana, ni Andry Rajoelina n’éviteront au pays une situation peu honorable où l’arbitrage sera laissé aux puissances étrangères qui choisiront de financer ou non le programme de la CENIT.







