On aura tout vu pendant cette crise, de quoi sans doute écrire des tomes. Maintenant, on se veut opposer les « experts nationaux » aux « experts internationaux », comme si ces nationaux avaient le monopole de l’expertise nationale. On annonce la faisabilité d’élections législatives pour cette année alors que (au moment de l’annonce), la loi sur les élections législatives n’est pas votée, encore moins publiée, et donc sans connaissance du public.
Après tout, pour établir la faisabilité d’élections cette année, il faudrait savoir si le type de scrutin dans la loi a été modifié (j’espère car il y avait et scrutin uninominal et scrutin de listes (pour les districts à plus d’un député), dans la version de 2011). Ce détail est important pour non seulement l’établissement mais aussi l’explication des bulletins uniques dans les 127 districts. Autre détail, étant donné que tout candidat doit d’abord être lui ou elle-même inscrit(e) sur la liste électorale, cette dernière sera-t-elle établie à temps pour respecter les délais de dépôt de candidatures avant le scrutin (habituellement 90 jours avant—c’est-à-dire avant le 30 août 2012 !). Normalement la liste électorale pour les élections d’une année donnée est arrêtée définitivement le 15 avril de ladite année (art 34 du Code Electoral).
Sur quoi alors cette contre-expertise se base-t-elle ? Sur une lecture des rapports de l’OIF et des ONU, qui sont descendus sur terrain pour voir la réalité dans des localités autres que Tana ou grandes villes ? Sur une analyse de l’état de la liste électorale depuis le referendum de 2010 (avec à l’appui une liste crédible des améliorations incontestables qui y ont été apportées ? Sur un désir de forcer des élections avant même que tous les partis politiques soient soumis au respect de la nouvelle loi les concernant (la date limite pour s’y conformer est le 9 janvier 2013) ? Sur un unilatéralisme qui avance déjà l’hypothèse d’un auto-financement du scrutin à la « référendaire de 2010 » ? Sur une exploitation de la fibre nationaliste qui ne se veut pas à la merci de la communauté internationale ?
Le financement de la communauté internationale, elle, contrairement peut-être au nôtre, est soumis à des procédures, d’abord, et à la redevabilité après. Les contribuables des pays riches ne voudront pas financer des élections bâclées ou non-conformes aux normes. Même s’ils peuvent très bien être hypocrites aussi et trouver célérité quand ça les arrange, il semblerait que dans ce cas, ils sont les derniers gardiens de l’intérêt général à Madagascar ; tandis que nous, par gueguerre sans fin, on s’entre-critique, bloque, descend ; avançant rarement des propositions constructives, évitant de dire vrai, oubliant souvent la réalité sur terrain et parlant rarement du bénéfice au plus grand nombre. À la CENI-T de préparer ces élections, laissons la travailler.
Sahondra Rabenarivo
13 juillet 2012







