Le déplacement à New-York d’Andry Rajoelina n’aura donc pas été purement d’apparat et complètement inutile. Il aura au minimum amené les « durs » du régime actuel à se préparer psychologiquement à un « accord politique », pour reprendre la formule utilisée par Andry Rajoelina à l’issue de son entretien avec Ban Ki-Moon. Le mot « accord » impliquait une négociation à un niveau élevé ; une négociation dont les modalités pratiques n’avaient pas encore été révélées, mais qui ont commencé à se clarifier deux semaines après. Ce sera donc une rencontre directe entre Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina.
La succession des événements de la dernière semaine ressemble fort à une chorégraphie dessinée pour ne pas faire perdre la face à un des acteurs principaux. Cela commença par un Marc Ravalomanana écrivant au secrétaire exécutif de la SADC pour résumer tous ses griefs envers la mise en oeuvre de la Feuille de route et rappeler que sa mouvance continuait de suspendre sa participation aux Institutions, avant de conclure presque négligemment qu’il était prêt à rencontrer Andry Rajoelina pour discuter de ces problèmes « quel que soit le moment et quel que soit le lieu ». Dès que le contenu de cette lettre « fuitait » dans les médias proches de l’ancien Président, le tombeur de celui-ci pouvait déclarer sur un ton qui se voulait magnanime qu’il ne voyait aucun inconvénient à une rencontre, du moins tant qu’il s’agissait de chercher à éradiquer les causes profondes des crises cycliques à Madagascar. La balle arrivait ainsi juste à temps dans le camp de la SADC ; celle-ci, opportunément réunie pour un sommet sur Madagascar, n’avait plus qu’à annoncer qu’elle avait mandaté le médiateur Joaquim Chissano pour organiser aussi vite que possible une rencontre entre les deux hommes pour « mener à un terme la feuille de route afin de sortir de la crise et créer un environnement favorable à l’organisation d’élections crédibles, libres et équitables ».
Si la SADC devrait ainsi continuer à occuper le devant de la scène, l’intervention discrète de l’ONU aura donc contribué de manière significative à permettre en Juin 2012 une rencontre qu’Andry Rajoelina refusait avec assiduité depuis Avril 2010. Il en résulte une ambigüité qui rend malheureusement plus flagrante les disparités des attentes entre les partisans des deux camps : si certains rêvent de voir Andry Rajoelina rendre le pouvoir avec des excuses en prime à Marc Ravalomanana, d’autres n’imaginent le retour au pays de l’ancien Président que la queue entre les jambes, et si possible deux gendarmes de chaque côté. Il y a là des objectifs difficilement conciliables, d’où des frustrations qui pourraient s’ajouter à celles des mouvances Zafy et Ratsiraka dont le poids politique sera de fait mis entre parenthèses jusqu’à l’issue de la rencontre.
On ne peut donc négliger le risque de voir cette fameuse rencontre avant tout profiter à ceux qui préfèreraient voir la transition s’éterniser. Ceux-là ne manquent pas, entre d’une part des politiciens qui estiment qu’un délai est indispensable pour permettre à l’opposition de se reconstruire, et d’autre part des individus qui tirent un profit matériel de leur position près du pouvoir et n’ont nul intérêt à voir celle-ci compromise par des élections. Ailleurs encore, il y a des opportunistes qui espèrent bien tirer le meilleur parti du chaos qui ne demande qu’à s’installer un peu plus.
Consciente de ces risques, la communauté internationale n’a d’autre solution que de répéter mezzo forte que la seule issue de crise est dans la feuille de route, rien que la feuille de route mais toute la feuille de route. Le premier contact formel entre les États-Unis et une institution de la Transition, c’est à dire la visite vendredi dernier du chargé d’affaires des États-Unis, Eric Wong, auprès du Premier ministre Omer Beriziky ne constitue pas le moindre des signaux en ce sens.







