Une équipe de Madagascar-Tribune.com a rencontré ce Jeudi 23 juillet le colonel Richard Ravalomanana, commandant de la circonscription de gendarmerie inter-régionale d’Antananarivo.
Certains de nos journalistes connaissaient Richard Ravalomanana depuis plusieurs années. C’est donc dans un climat très franc que nous avons pu obtenir des éclairages sur la situation générale de sécurité, et notamment sur les bombes qui ont marqué l’actualité récente. Extraits.
L’avancement de l’enquête sur les bombes
« Après enquête, des dossiers ont été déposés au tribunal. À partir de là, nous ne pouvons plus intervenir sans délégation judiciaire. C’est le Tribunal, le doyen des juges d’instruction qui peuvent nous donner des instructions pour continuer l’enquête sur tel ou tel point. Nous restons dans l’attente de cette délégation judiciaire, car sur plusieurs points nous pensons qu’il faut approfondir : des points ont été évoqués du coté de Paris ; il y a eu l’affaire de Mahamasina ; les personnes qui ont été arrêtées peuvent faire l’objet d’interrogatoires supplémentaires. »
« Entretemps, il y a eu d’autres découvertes, celles d’Ambohibao et de nombreuses découvertes de bombes sur Antananarivo. Ce sont des faits nouveaux, entraînant des enquêtes nouvelles. Des personnes ont été découvertes à Ambohibao, une est décédée, une a été brûlée assez superficiellement, deux ont été grièvement blessées. »
« Nous avons interrogé la personne brûlée superficiellement. Nous ne prenons pas tout ce qu’elle dit pour argent comptant. Elle a déclaré qu’elle était sortie téléphoner ; les faits matériels, la nature de sa blessure (elle a été brûlée sur le côté), montrent plutôt qu’elle était dans le véhicule, mais un peu éloignée du porteur de la bombe, qui lui a été tué sur le coup. »
« Cette personne survivante a révélé des noms. En soi, cela ne suffit pas. Par contre, en interrogeant la famille de la personne décédée, des recoupements précis ont pu être faits entre les déclarations de ces personnes qui ne se connaissaient pas. »
Le secret de l’instruction
« Nous sommes amenés en certaines occasions à faire primer la prévention des risques de dégâts corporels et matériels sur le secret de l’instruction. Les objectifs des auteurs d’actes de terrorisme sont de marquer rapidement les esprits, pour faire pression sur les gouvernants, la Communauté Internationale ou d’autres. Donc, nous prenons exemple entre autres sur les États-Unis : Fazul [1] n’a jamais été condamné, mais comme il est soupçonné d’être terroriste, on diffuse dans le monde entier son nom et sa photo. »
L’enquête est-elle crédible ?
« On part de faits et non pas d’hypothèses. La première phase de l’enquête est la phase de raisonnements objectifs. La phase de raisonnement subjectifs vient après, mais les hypothèses que vous pouvez être amenés à faire doivent impérativement être confirmées par des faits. »
« Il y a aveux et aveux. Il peut y avoir des aveux extorqués, des aveux dilatoires qu’une personne peut faire afin de brouiller les pistes. Mais il y a les aveux que l’on peut qualifier de circonstanciés, c’est à dire qu’il y a des faits ou d’autres témoignages qui corroborent ce qui est dit. »
« Les personnes qui ne connaissent pas tout ce contexte de l’enquête devraient éviter de faire des déclarations à l’emporte pièce sur son avancement. Certains avancent que toutes ces annonces d’attentats ne sont que des simulacres, parce que seuls des militaires au sein des camps pouvaient poser ces bombes. Ont-elles seulement vu l’endroit au sein des camps où les bombes ont été découvertes ? Il s’agissait d’endroits exposés, où il était possible à quelconque de jeter une bombe. Et ce jeudi à Antaninarenina, on a trouvé une bombe dans un endroit public. »
« À mon âge, et avec mon grade, on ne peut faire de pressions sur moi. On peut me menacer de me retirer mon poste, ce serait plutôt un soulagement personnel : les horaires sont très durs, pénibles pour la vie familiale. Ce n’est pas un poste de prestige, c’est un poste de responsabilité et un poste à risque, sans rémunération spéciale. Je suis originaire d’Antananarivo, et ma principale motivation est d’y défendre la sécurité. »
« Moi, on ne peut pas m’influencer en me faisant des promesses. Je ne suis éligible à aucune promotion en grade avant au minimum deux ans. »
« On sait que dans le passé, la Justice avalisait que des personnes soient incarcérées sans qu’un fait réel ait pu être retenu contre elles. Dans le cas présent, nous avons conduit au tribunal 33 personnes, seules 9 ont été incarcérées. Cela prouve que nous ne forçons pas la main des magistrats, que nous les laissons libres de leurs décisions. »
« Que chacun reste à sa place, et les choses avanceront mieux. »
L’insécurité en général, en dehors du contexte politique
« L’insécurité existe partout dans le monde. Celui qui promet à lui seul une éradiquation de l’insécurité est un démagogue. L’insécurité est un problème global, elle concerne tout le monde, pas seulement les forces de l’ordre. »
« Les forces de l’ordre s’efforcent d’avoir un rôle de leader face à cette situation, d’indiquer quelle attitude adopter en quelle circonstance. Elles s’efforcent également de prévenir, en se pré-positionnant. »
« Nous ne sommes que police judiciaire. Les autorités doivent aussi décider des priorités en matière de moyens. Les tribunaux ont aussi leur vision. Chacun doit adapter sa conduite s’il considère que la sécurité publique est une priorité. »
« Le cas de Tsiroanomandidy est malheureux. Des villageois ont été difficilement convaincus de porter plainte et de témoigner sur des dahalos. Le dossier était bien ficelé, tous les complices dans le village étaient identifiés, mais le Tribunal a décidé de relâcher tous les prévenus, qui se sont immédiatemment enfuis. »
« En tant que responsable dans le maintien de l’ordre, j’ai tendance à penser que dans de tels cas, il faut décider que le maintien de l’ordre et la sécurité publique doivent primer sur les considérations politiques ou les risques sur la justice et les droits de l’homme. Certes, chacun doit rester à sa place, mais si cette priorité n’est pas claire pour tous, il n’y aura pas de sécurité publique. »








